Une Terrible Beauté

Il y a quelques mois, le journal Télérama lançait un concours de mini-nouvelle dans le cadre de la Biennale d’Art Contemporain de Lyon. Le thème : « une terrible beauté est née » . Avec un nombres de signes limités. Voici ma contribution :

Elle ôta ses talons, le paillasson lui piqua les pieds. Elle ne s’inquiéta pourtant pas de filer ses collants et serra fort le manche du grand couteau de cuisine. Une force la poussait, le moment était là. Elle tourna la poignée sans faire de bruit, poussa la porte. Les lumières du couloirs étaient éteintes, mais le simple reflet des lampadaires de la rue suffirent à guider ses pas. Elle s’aperçut dans le miroir, entourée d’ombres, et grimaça. Le décor était propice, son visage rond et fin souligné par les ténèbres, la lame du couteau brillant malgré tout d’un éclat aussi féroce que celui de ses yeux. Ce sera un nouveau début, se promit-elle silencieusement. Elle le répétait depuis qu’elle avait pris sa décision. Un départ, une métamorphose, quelque chose en accord avec ce sentiment étrange et fascinant de faire un sacrifice pour se rapprocher de son idéal. Elle pivota légèrement sur sa gauche et avança aussi doucement que possible. Le parquet ne craquait pas, trop neuf dans un pavillon sentant encore la peinture fraîche. Elle pensait qu’elle aimerait cette odeur, qu’elle pourrait très vite y mélanger celle de leur amour. Au lieu de cela, elle n’y sentait plus que l’échec, et le parfum d’une autre. De la lumière tamisée s’échappait du bas de la porte, dont la poignée céda aussi facilement que celle de l’entrée. Ils étaient là, étendus, dormant l’un contre l’autre, les yeux déjà clos, leurs corps encore chauds. Alors elle ne prit plus son temps. Il était trop tard pour savourer la chose. Il fallait que ce soit brutal, que cela se fasse d’un coup. Elle fut à côté de lui en un battement de cil. Son couteau se leva tel un trophée porté avant la victoire, et s’abattit d’un coup, s’enfonçant dans la chair flasque au dessous de ses côtes. Elle ne fit pas plus de cérémonie pour l’autre. Mais une fois l’arme du crime retiré de ce sein qui aurait dû être le sien, elle s’arrêta et se rendit compte qu’elle respirait par a coup. Elle enfantait. Tuer avait fait d’elle une nouvelle créature.

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