Le Charmeur

Un homme est assis, le dos très droit, sur le bord de la route poussiéreuse. Derrière lui, une petite baraque en terre contemple le soleil qui entame sa descente. Nous arrivons dans un autre de ces petits villages indiens, dont la principale ressource vient de la vente des récoltes les champs alentours.

Mais ce vieil homme n’est pas un paysan, bien qu’il en ai l’apparence. Il a les yeux fermés, on dirait qu’il médite. Les rides qui parcourent son visage restent immobiles sous la chaleur accablante de la fin de la journée. Un panier en osier est posé devant l’homme, de la même couleur ocre que sa tunique teinte par la terre. Le couvercle est fermé par un verrou, son contenu doit être précieux. Je reste à l’observer quelques instants car ses lèvres ont frémi. Soudain, l’homme ouvre les yeux, de petits yeux ronds et noirs. Sa moustache en bataille est secouée d’un soubresaut alors qu’il se met à siffler. La mélodie est simple, quelques notes enchaînées avec toutes les combinaisons possibles. Le panier se met à bouger et à se tordre et je sursaute sans m’y attendre. Ce qu’il y a à l’intérieur semble vouloir sortir en transperçant l’osier, peut importe de quel côté. L’homme se met alors à parler, à répéter un mot : Baavla, Baavla. C’est comme ça que je décide de l’appeler : Baavla. Il soulève lentement sa main droite et, sans arrêter de siffler, décroche le verrou. Le couvercle s’ouvre alors sous l’impulsion d’une force insoupçonnée. Un serpent s’étire à la verticale, tel un chewing-gum qu’on étendrait sans se soucier qu’il casse.

Baavla fixe le serpent. L’animal lui rend son regard sans cesser de se dodeliner au son des notes. Lequel charme l’autre, on ne saurait dire, mais leur intimité semble tel que rien ne pourrais percer leur bulle. Baavla étend la main droite vers le reptile luisant. Celui-ci s’enroule atour de son poignée et glisse le long de son bras, jusqu’à parcourir toute l’envergure de ses deux épaules. Baavla finit sa mélodie sur une note aiguë. Le serpent y répond par un sifflement. Le vieil homme lève alors les yeux vers moi et dans son faible sourire je sens son pouvoir. Je me rend compte alors que Baavla vient tout simplement de me charmer, moi.

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