Sur la route

C’est une drôle d’idée que de vouloir adapter au cinéma un livre que tout le monde prétend inadaptable. Pourtant, Walter Salles a toujours été convaincu qu’il en serait capable, pour avoir déjà tourné de très beaux road-movies (Carnets de Voyage par exemple). Alors, quand F.F. Coppola l’a appelé pour lui donner les droits du roman Sur la route de Jack Kerouac, il a relevé le défis et a présenté à Cannes le résultat. Si le film n’est pas aussi marquant que je m’y attendais, il n’est pas dépourvu d’une qualité du savoir-faire et des quelques belles trouvailles. Explications :
Aussi étrange que cela puisse paraître, j’ai eu du mal à lire ce roman, pourtant considéré comme beaucoup comme un roman culte et un trésor de la littérature américaine du XXe siècle. La beat génération, ces jeunes artistes qui ne vivaient que de musique jazz, de drogues en tout genre et de voyage, en ont fait rêver plus d’un. Peut-être ai-je voulu le lire trop jeune, à l’époque où, au début de l’adolescence, on veut lire ce que lisent les grands. Du coup, je n’ai pas compris, et j’ai vite abandonné. Lorsque j’eus l’âge de le lire vraiment, j’ai essayé de me plonger dedans en anglais mais, malgré mon niveau, j’avais l’impression que le sens m’échappait, qu’il y avait encore quelque chose d’insaisissable et de frustrant. Je me suis donc arrêtée à la moitié, me jurant d’essayer une dernière fois avant la sortie du film. Ce que j’ai fait. Et j’ai compris qu’en réalité, c’est le roman lui-même qui était évanescent, que le narrateur, ce Kerouac déguisé, nous embarquait pour un voyage fait de petites aventures et que la connexion n’était pas la logique, mais l’envie, le désir, le feu de vivre. Ce n’était pas un livre à lire de manière classique et raisonnée. Je suis alors allée jusqu’au bout, d’une traite.
Vous imaginez qu’avec une approche si complexe du livre, j’ai réfléchi à deux fois avant d’aller voir ce que cela pouvait rendre. Pourtant, j’ai franchi le pas, avec l’ouverture d’esprit que le livre avait nécessité. Mais finalement, c’est de manière plutôt classique que Salles a retranscris le livre de Kerouac. Plus que classique : de manière logique. Il est vrai que, du coup, il y perd ce petit quelque chose qui fait du livre une sorte d’objet littéraire non identifié. Mais cette fidélité donne une nouvelle lecture des parcours de Dean Moriarty (Garrett Hedlund), Sal Paradise (Sam Riley) et tous ceux qu’ils croisent sur leur chemin. Car c’est bien leur amitié qui fait tenir le spectateur en haleine, plus que leurs destinations. Jose Rivera, qui s’est chargé du scénario, a décidé de miser sur le trio, d’ailleurs, que forment Dean/Mary-Lou (Kristen Stewart)/Sal. Sans eux, il n’y a que des brides. Avec eux, le morceau qu’est le film fait sens. C’est donc des chroniques, des morceaux de voyages entre New-York et San Francisco, une quête de la figure paternelle, de l’amour, de la liberté, d’un souffle dont le film manque souvent d’où un peu d’ennui (mais le livre est aussi basé sur la répétition, le retour d’un thème) mais n’arrête jamais de le chercher.
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