La peur, le dentiste

Rien n’est plus terrible que la peur d’avoir mal. Quand la douleur survient alors qu’on ne s’y attend pas, la surprise atténue le mal, on apprend à maîtriser ses attentes, on prend un doliprane, ce n’est pas la fin du monde. Mais quand on ne ressent pas encore de fortes douleurs mais qu’on sait que cela va arriver, on est tétanisé, rien qu’imaginer le mal nous le fait ressentir. Pour moi, cette impression s’incarne dans une épreuve du quotidien : la visite chez le dentiste.

Cela est bien sûr dû à l’expérience. Certains d’entre nous ont beau se laver les dents, matin et soir, et faire preuve d’une hygiène buccale irréprochable, des caries se logent régulièrement dans notre cher émail. On commence à sentir une petite sensibilité en dégustant une bonne glace au chocolat ou en appréciant un bon thé à la pomme bien chaud et bim! le verdict tombe : c’est à nouveau la cata pour une de nos molaires. On décroche alors son téléphone car on a plus le choix, priant pour qu’il ne soit pas déjà trop tard. Plusieurs paramètres très important pour la suite entrent déjà en compte lors de la prise de rendez-vous. Si l’on est fraîchement débarqué dans une nouvelle ville et qu’on ne connait pas encore les bons des mauvais dentistes, la peur commence déjà : et si c’était un nul, un boucher, un insensible, bref, le cauchemar du dentiste? Deuxièmement, il faut la jouer malin : prévoir le rendez-vous pas trop prêt d’un repas pour pouvoir manger, pas trop prêt d’une soirée ou d’un rendez-vous professionnel pour ne pas avoir la tronche de travers en société. Et enfin, on prie pour un rendez-vous rapide : plus on attend, plus on a peur, plus on sait qu’on va avoir mal…

Quand, enfin, l’heure d’aller voir la blouse blanche choisie a sonné, l’angoisse monte. Cette peur, elle remonte du fond des âges, de notre enfance où l’on ne vous anesthésiait pas encore pour une simple carie, où il fallait revenir deux fois de suite pour qu’on vous la soigne correctement et où vous vous faisiez gronder car personne ne croyait que vous ne mangiez pas plus de bonbons que cela. Mais le mal de dent, j’en suis persuadée, est aussi inscrit dans nos gênes, au plus profond de notre ADN, ce mythe des arracheurs bourrins et des rages interminables de nos ancêtres. C’est cette image qui ne nous quitte pas dans la salle d’attente, celle de l’horrible machine à trancher qui fait du bruit dans la pièce d’à côté, de la fraise colérique qui fait son office. On s’attend presque à en en entendre le client précédent crier. Mais celui-ci sort en catimini et c’est à notre tour de nous retrouver allonger sur un siège qui nous rappelle celui de Sweeney Todd. On écarquille des yeux paniqués quand le docteur nous ouvre grand la bouche et on s’agrippe aux accoudoirs quand on voit la seringue s’approcher de nos gencives. On se concentre entièrement sur notre mâchoire et la peur fait son office : on attend tellement la douleur que notre coeur bât à tout rompre. Mais rien n’arrive. Est-ce que le bourreau m’a endormi, ça y est? Il n’a pas l’air de s’en soucier plus que cela et approche la foreuse à notre molaire défaillante. Si vous sentez quelque chose, vous levez la main, hein! Dit-il en souriant. Je lève la main avant même qu’il n’ait touché la dent… je vérifie juste que ça fonctionne, m’excuse-je. Et c’est là, là, le pire moment de la torture, quand vous vous attendez tout moment à ressentir l’horrible décharge électrique caractéristique. Les minutes deviennent des secondes, on se concentre sur les cheveux blancs du dentiste espérant tenir la une revanche si jamais ce dernier ose nous faire mal… Mais, finalement, ce dernier finit sa tâche sans que vous n’ayez rien senti. Vos doigts vous font mal à force d’être resté crispés, vous ne sentez plus un quart de votre bouche et de vos lèvres, vous bavez en essayant de sourire,  mais vous êtes tellement heureux d’avoir survécu que vous vous promettez de ne pas avoir peur, la prochaine fois… ce qui bien sûr n’arrive jamais !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s