Dans la Maison

Un nouveau film de François Ozon, c’est un peu comme un bonbon dont on refuse de nous dévoiler le goût avant. Les genres changent à chaque fois, les histoires ne se ressemblent pas, chaque cru laisse une sensation différente en bouche. Avec Dans La Maison, au parfum de thriller littéraire, Ozon nous offre une assez bonne pioche.

Un professeur de français, le genre de rôle qui colle à la peau de Fabrice Luchini, désespère de sa nouvelle classe de seconde, sauf d’un de ses « apprenants » : le jeune Claude, dont le talent le surprend lorsqu’à la première rédaction de l’année, celui-ci termine son étrange visite chez un de ses camarades par un « à suivre ». Le maître décide alors d’expliquer les règles de la dramaturgie au talent brut, alors qu’il devient accro au récit que Claude lui livre presque quotidiennement. Luchini et sa femme (Kristin Scott Thomas) commentent cette histoire qui s’invite peu à peu dans leur propre vie. Jusqu’où sont-ils prêt à aller pour que ça continue ? Très vite, les frontières entre le vrai et le fictionné se mélangent, on se demande qui manipule qui, pour rapidement se rendre compte que c’est bien sûr le cinéaste qui manipule le spectateur, mais également le spectateur qui comprend selon ses propres règles et envies. A la fois drôle et noir, ironique mais posant quelques intéressantes question sur la fiction et sur son éducation, Dans la Maison invite en tout cas chacun à se laisser aller à l’imagination et à la création – aussi malsaine qu’elle puisse être. Lorsqu’il s’agit de notre métier, on prend plaisir à voir Ozon disséquer la chose, à créer des jeux de miroirs entre celui qui écrit, ce qu’il raconte et comment il le revit à la lecture. Bien sûr, il ne faut pas s’attendre à de grandes scènes de fièvre, ni à tomber amoureux d’un personnage ou d’être en empathie avec quiconque : ce ne sont que des marionnettes qui se croient marionnettistes. Les références à Flaubert donnent d’ailleurs le ton. Ainsi, lorsque l’écriture ne nous parle pas, on peut trouver le film seulement bizarre et ennuyeux. Mais il suffit de se laisser prendre au jeu pour en apprécier la partie.

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Un commentaire sur « Dans la Maison »

  1. Je suis votre blog depuis un certain temps, et je vous remercie pour la qualité de vos articles. Je réagis aujourd’hui parce que j’aime également beaucoup le film de François Ozon, belle réflexion sur le processus de création et sur le désir de fiction. De mon côté, je me suis penché plus particulièrement sur l’affiche, vue sous l’angle de la triangulation du désir :
    http://www.semiozine.com/dans-la-maison-de-francois-ozon-lexpression-du-desir.
    J’espère que le post vous intéressera.
    Bonne journée.

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