Taboo

Voilà une perle de très bonne facture que nous offre la BBC en ce début d’année, une série solide et efficace, mystérieuse et engageante. Taboo, qui a été crée par Steven Knight (Le créateur de Peaky Blinders) et Tom Hardy, qui incarne aussi le personnage principal, nous plonge au cœur d’un Londres sombre de 1815…

Présumé mort en Afrique depuis de nombreuses année, le ténébreux James Delaney revient à Londres. Homme tourmenté et changé, il trouve à son retour son père, Horace Delaney, mort, et constate que son pays l’Angleterre est en Guerre avec la France et les États-Unis. Surtout, il hérite d’un petit bout de terre au Canada, qu’à la fois la couronne anglaise, la Compagnie des Indes et les américains veulent s’approprier par tous les moyens. James ne compte surtout pas les laisser faire… Taboo est un joyeux mélange d’atmosphère qui nous sont familières : l’ambiance victorienne principalement, un poil de Penny Dreadful, du Dickens bien sûr. Rien n’est épargné au spectateur, et on reconnait une pâte un peu nordique des réalisateurs Kristoffer Nyholm et Anders Engström, qui ont réalisé respectivement The Killing et Jordskott. Surtout, on s’accroche à ce personnage sombre et étrange, magnétique, emporté par une quête de justice qu’on découvre au fur et à mesure, et qui décolle lorsque tous le mécanisme se met en place. A déguster dés qu’elle arrive en France !

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Été frisson : Stranger Things VS The Living and the Dead

Petite parenthèse dans les séries classiques de l’été à rattraper pour vous faire découvrir deux nouvelles séries, l’une américaine, l’autre anglaise, pour vous faire frissonner sous la chaleur estivale, les soirées d’orage. Les deux se déroulent dans les années 80… à un siècle d’écart. Ne loupez pas Stranger Things, hommage au ciné US des années 1980, ni The Living and the Dead, renouveau du genre thriller supernaturel victorien, se déroulant en 1888.

Bien sur, je ne vous étonnerai pas en vous disant que mon coeur penche du côté de The Living and The Dead. Avec aux commandes Ashley Pharoah et Matthew Graham (co-createurs et scénaristes de Life On Mars et Ashes To Ashes) c’est Colin Morgan (Merlin)qui endosse le rôle de Nathan Appleby, un pionnier de la psychanalyse qui revient au domaine familiale et se heurte à de très étranges événements… fantômes, enfants possédés,… à chaque épisode, Nathan doit trouver des solutions à ses étrangetés qui menace son domaine. C’est subtil, effrayant, très british, les personnages semblent tout droit sortis de chez Dickens et Mary Shelley. Les six épisodes se dégustent comme une gourmandise. C’est sur la BBC, pas de diffusion française prévue pour le moment.

Changement de décor avec Stranger Things, qui semble la sensation du moment. Et pour cause : avec autant de références cinématographiques, avec des méchants bien méchants, un attrait conspirationniste, des personnages d’enfant avec qui on a envie d’être copains, un côté rétro so à la mode, Stranger Things a tout compris. Un laboratoire où il se passe des choses pas net dont s’échappe une étrange petite fille, un monstre qui mange les gens (et qui peut vraiment faire flipper), un petit garçon qui disparait, ses amis et sa mère qui partent à sa recherche. Doucement, toutes les pièces du puzzle se mettent en place, la narration étant très efficace malgré quelques moments d’essoufflement. Les frères Duffer, qu’on va désormais surveiller de près, ont réussi leur entrée en matière, c’est sur ! C’est sur Netflix.

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War and Peace

Si l’année série 2016 ressemble à cette première nouveauté, je peux vous dire qu’on va être gâtés. Car la BBC commence très, très fort en ce début janvier…. avec une nouvelle adaptation du roman épique de Tolstoï, Guerre et Paix.

Grande histoire romanesque, politique et humaine, le récit du roman est passionnant, dense, captivant. Mais pas facile à adapter à la télévision sans devenir une succession plate d’événements… mais c’est sans compter sur Andrew Davies, le scénariste spécialiste des period drama en tout genre, d’Orgueil et Préjugé à Mr Selfridges en passant par Dickens. Donner un coup de balais à l’histoire, mettre les passions amoureuses et emportements de la jeunesse au cœur des personnages, tamiser les enjeux avec brio : c’est très bien fait. C’est sans compter non plus sur le réalisateur Tom Harper, qui s’est fait les dents sur Misfits et Peaky Blinders, et qui n’a pas peur de mettre les bouchées doubles en terme visuel, avec de beaux mouvements de caméra, des plans justes et  la hauteur des beaux moyens et de la belle reconstitution présentée. Enfin, c’est sans compter sur un casting de ouf. Tous les acteurs sont des têtes connues, et tous s’amusent, se donnent à fond. Bien sûr, Paul Danno vole un peu la vedette aux autres, mais Lily James (Downton Abbey), James Norton (Happy Valley), Tuppence Middleton (méconnaissable sans ces blancs cheveux de Sense8) et même Gillian Anderson (!!) ajoute ce qu’il faut de talent pour qu’on soit sous le charme. Vous l’aurez deviné, je vais déguster ces six épisodes avec joie, parce qu’ils sont exactement ce que j’aimerai faire : du bel historique !

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Jonathan Strange & Mr Norrell

Les anglais n’ont décidément pas froid aux yeux en matière de création télé. S’attaquer à l’adaptation d’un livre aussi étrange, étonnant, formidable et foutraque que Jonathan Strange & Mr Norrell de Susan Clarke était un pari fou… et pourtant, ils l’ont fait. Dimanche soir, le 1e épisode de ce qui est devenu une mini-série en 7 épisodes (format inédit!) a été diffusé sur la BBC. Écrit par Peter Harness et réalisé par Toby Haynes (tous deux travaillant aussi sur Doctor Who), Strange et Norrell ont ainsi pris vie devant nos yeux… et c’est magique !

Au début du XIXe siècle, cela faisait bien au moins 300 ans que la magie n’était plus pratiquée en Angleterre. Pourtant, elle est sur le point de revenir, car Mr Norrell, lui, la pratique, et veut la mettre au service de la guerre qui sévit contre la France en Espagne. Mais voilà : une prophétie raconte qu’il n’y a pas un, mais deux magiciens en Angleterre. Le second, Jonathan Strange, n’est qu’au début de la découverte de son destin… En une heure de pilote, on est accroché à ces personnages so british mais tellement originaux, on se délecte du jeux des comédiens (Eddie Marsan fait mouche, comme toujours, et Bertie Carvel est touchant), on comprend rapidement des enjeux qui sont bien plus compliqués à saisir dans le livre, et surtout, on attend chaque moment de magie avec impatience… les choses se mettent en place très rapidement, on sent qu’une ombre plane, bref, on n’a plus envie de décrocher. C’est à la fois frais et avec pleins de petites références appréciables, de l’entertainment avec un style BBC reconnaissable et appréciable  : voilà un pilote bien réussi, et on a hâte de voir la suite !

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The Casual Vacancy

Vue à Série Mania ( qui continue jusqu’à dimanche au Forum des Images), la mini-série The Casual Vacancy est l’adaptation en  trois épisodes d’une heure du roman éponyme de J.K. Rowling. Une plongée dans un petit village oh so British, où le centre bucolique est entourée d’une cité populaire. Où chacun a ses petits secrets, ambitions souvent mesquines, moments de faiblesses et de gloires.

C’est la scénariste Sarah Phelps qui s’est collée à l’adaptation de ce roman-chronique dont l’intrigue tourne autour d’une élection, celui d’un membre du conseil paroissial qui soutenait farouchement les pauvres, là où les anciens veulent les laisser en bordure de la ville. Cette course aux voix réveille des guerre, entre riches et pauvres, entre amis, entre adultes et ados, entre maris et femmes… plus chronique de la mesquinerie humaine qu’autre chose, aux intrigues croisées placées sous le signe de l’humain et de personnages assez savoureux, c’est une mini-série plutôt réussie bien qu’on sent que les potentiels intrigues ne sont pas exploitées au maximum. Ce n’est pas faute d’une très jolie mise en scène de Jonny Campbell et d’un casting parfait…. mais on aurait eu envie que la série aille un cran plus loin, soit encore un peu plus méchante, ou complexe, ou finie… Mais enfin, savoir que la BBC a diffusé ça un dimanche soir, à 21h, faisant grincer quelques dents en période d’élection anglaise, c’est assez chouette, mettant ainsi indirectement le doigt sur les problèmes sociaux qui secoue la blanche Albion.

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Poldark VS Banished

La BBC n’a peur de rien, et elle a bien raison. En l’espace de quelques semaines, ce n’est pas une mais deux séries historiques qui ont fait leur apparition sur la chaine britannique. Les deux prennent place à peu prés à la même époque, la fin du XVIIIe siècle. Dans l’un, on est dans les Cornouailles ; dans l’autre, sous l’écrasant soleil australien. Le premier est une adaptation d’un roman, l’autre une idée originale… mais Poldark et Banished sont avant tout des séries sans grandes ambitions, sans en faire tout un plat, juste pour le divertissement.

On a parfois trop tendance, nous autre sériphiles avertis, à considérer que chaque série doit être une grande série. Devant la multiplicité des nouveautés, des classiques cultes et des nouvelles saisons, on perd parfois le fil et on se concentre que sur la crème de la crème. « Il y a trop de trucs à voir » est une phrase qui sort régulièrement de la bouche des amateurs de série. Mais parfois, cela fait du bien de regarder une série juste divertissante, assez légère, sans vouloir autre chose que de nous faire passer un bon moment. Poldark et Banished sont de celles-là. Bien sûr, on sent dans les deux qu’il y a des intentions de faire comme les grandes soeurs, mais ce n’est pas la peine. Dans Poldark, on retrouve l’ambiance d’un Haut de Hurlevent concentré sur un seul héros, un jeune homme destiné à faire pâlir bien des téléspectatrice, comme un petit péché mignon. Banished, elle, nous embarque dans le quotidien des forçats destinés à partir faire de durs travaux dans les colonies, ici l’Australie. Histoires d’amours, de survies et de justices simplement menées, avec un casting de têtes connues, loin d’être parfaites mais, ici aussi, plutôt comme une récréation des grosses machines. J’ai d’ailleurs une préférence pour Banished, plus touchante. Je ne pense pas qu’aucune des deux ne marquera vraiment notre temps ni ne durera de nombreuses saisons, mais tant mieux : il faut savoir être dans un juste milieu, et parfois apprécier un peu de douce tiédeur.

PS : Vous pouvez aller voir Banished à Série Mania, the Festival de série parisien qui commence à la fin de la semaine !

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Wolf Hall

L’histoire des rois d’Angleterre est une source d’inspiration constante pour les scénaristes d’Outre-Manche, en particulier la période des Tudors et du roi Henry VIII. C’est la BBC qui remet le couvert en début d’année avec Wolf Hall en nous offrant un nouveau point de vue sur l’histoire : celui de Thomas Cromwell, conseiller du roi.

Adapté de deux romans, cette mini-série en six épisodes est écrite par Peter Straughan, à qui l’on doit notamment Tinker Tailer Solder Spie (La Taupe). Ici, en s’intéressant à l’ascension de Cromwell, petit avocat qui va diriger l’Angleterre dans l’ombre, Straughan a décidé de mêler la chronologie, de nous donner d’un coup des petites touches par-ci, par-là, d’un tableau complexe. On est devant un récit qui nous paraît parfois n’être que froide politique, parfois drama intense et émouvant. Le meilleur moyen de nous montrer à quel point Cromwell était un homme aux multiples facettes ? Quoi qu’il en soit, on se détache très vite des images encore très présentes de la série The Tudors, ou tout autre period drama de cette veine : ici, le style est assez unique, à la fois rafraichissant et demandant. De quoi ravir les amateurs du genre et ceux qui n’aiment pas les séries historiques qui se rapprochent du soap : ici, c’est tout le contraire, la sensibilité n’est pas raccroché à de l’effusion de sentiments. Et il faut dire que Damian Lewis en Henry et Claire Foy en Anne Boleyn, ça ne se loupe pas (même si on ne les voit pas très souvent).

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The Missing

Vous êtes en manque des excellentes séries polar anglaises ? C’est votre jour de chance ! Sachez que la veine est toujours en forme : la BBC diffuse en ce moment sa nouvelle crime serie, The Missing, qui ne déroge pas à la qualité habituelle des créations britanniques.

Tony (merveilleux James Nesbitt) a perdu son fils il y a huit ans, lors de vacances dans un petit village en France. Son fils a disparu alors qu’ils étaient à la piscine et, à l’époque, l’enquête semble ne rien avoir donné. Mais aujourd’hui, Tony revient sur les lieux de l’enlèvement de son fils avec une nouvelle piste… il n’est cependant pas le bienvenue. Jouant sur une double temporalité, celle de l’enquête de l’époque et celle de maintenant, le pilote distille assez de mystère pour que l’on comprenne que les choses ne se sont pas passées aussi simplement que cela dans le passé. La détresse des personnages est bouleversante et accrocheuse, l’ambiance sombre et le rythme à la fois lent et prenant. Si ce n’est pas d’une originalité folle, c’est d’une efficacité redoutable.

Sinon, si vous ne voulez pas traverser la Manche, je vous signale que la saison 5 d’Engrenage est diffusée en ce moment sur Canal + et qu’elle vaut le coup d’oeil !

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Our Girl

L’art du contrepied. Là où les américains font Band of Brothers, série très réussite sur un bataillon de soldats pendant la seconde guerre mondiale, les anglais ont proposé à la rentrée la série Our Girl. Avec le format un peu étrange d’un pilote/téléfilm suivi d’une saison de cinq épisodes d’une heure, cette série raconte l’histoire de Molly, 20 ans, mal dans sa peau, qui décide de rejoindre l’armée et de partir en Afghanistan.

L’armée est sujet à beaucoup de fictions, surtout avec les récentes guerres au Moyen-Orient. Mais ici, il s’agit de se concentrer sur l’histoire d’un soldat un peu particulier. Celui d’une jeune femme qui se retrouve envoyée dans un bataillon d’hommes, où la franche camaraderie fait vite place au dédain tant que la personne n’a pas prouvé qu’elle était à la hauteur. Le personnage de Molly (Lacey Turner) est touchant, et malgré certains côtés un peu facile ou carte postale d’une armée où tout le monde est beau, on se laisse vite prendre à l’histoire et au suspens – va-t-elle arriver à prouver aux autres et à elle-même qu’elle a trouvé sa place ? Les difficultés du terrain, les rapports aux locaux,… sont exploités de manière assez gentilles, et c’est bien le seul regret qu’on a devant du drama par ailleurs bien fichu. La BBC, grâce à la plume de Tony Grounds, prouve qu’on peut parler de l’actualité en fiction tant qu’elle est encore chaude.

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There’s a new Doctor in town

Cela fait maintenant quatre épisodes que Doctor Who n’est plus le même. Littéralement. Cette saison 8 marque l’arrivée de Peter Capaldi, notamment connu pour son rôle dans la série The Thick of It, dans le rôle du fameux docteur anglais. Exit le jeune et fougueux Matt Smith. Ce nouveau Doctor est plus âgé, certes, mais aussi plus axé sur le côté fou, obsessionnel, têtu, voir même… méchant. Et ça marche du tonnerre.

Savoir qui est le meilleur docteur est un débat sans fin parmi les fans de Doctor Who. La question est d’ailleurs plutôt de savoir qui est « son » Doctor. Le mien est et restera David Tennant. Mais il y a une composante tout aussi important dans cette histoire : le showrunner. Si Steven Moffat est à la tête de la série depuis 4 saisons maintenant, quelque chose avait changé entre la saison 6 et la saison 7. Outre l’arrivée d’un nouveau compagnon, Clara, jusqu’à alors très mal exploitée et du coup assez mal aimée, la magie s’était étiolée au fur et à mesure des histoires, toutes un peu trop faciles, sur un schéma semblable, perdant ce je-ne-sais-quoi qui nous plait tant. Mais voilà : Steven a compris qu’avec le changement de Doctor qui s’annonçait, il était temps de faire une petite révolution. Changer de ton, de méthode : Peter Calpadi a pu se fondre avec une facilité étonnante dans ce docteur d’un nouveau genre, qu’on adore déjà. Certes, le premier épisode est très déroutant, car il est à la fois classique, ressemblant à l’ancien temps… mais ouvrant la porte au nouveau. Capaldi détonne, et le spectateur est aussi dérouté que Clara qui n’arrive pas à s’en remettre… jusqu’au dernières minutes où l’on comprend que Moffat va assurer, qu’il suffit de lui faire confiance… et de l’aider. Et jusqu’à maintenant, aucun nouvel épisode ne nous a déçu. Clara nous devient même sympathique, et Capaldi nous fait vite oublier son prédécesseur, les histoires redeviennent folles, innovantes, touchantes… et je suis de nouveau accro ! Bien que le feuilletonnant soit un peu instauré à la truelle, it’s a  job well done, Peter et Steven.

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