Baron Noir

En politique, on n’est jamais au bout de nos surprises. En série non plus. Rassemblant les deux, la nouvelle création de Canal +, Baron Noir, crée par Eric Benzekri et Jean-Baptiste Delafon, réalisée par Ziad Doueiri, fait fort en nous embarquant dans un duel sans merci.

Élection présidentielle, entre les deux tours. Le candidat de gauche (Niesl Arestrup) affronte le candidat de droite dans un débat télévisuel. Pendant ce temps, un de ses proches conseillers (Kad Merad) doit nettoyer vite fait son QG de député dans le Nord quand les flics menacent de débarquer regarder de plus près les comptes… C’est ce qui met le feu au poudre entre les deux hommes. Et la guerre n’aura, semble-t-il, pas de fin avant que les deux soient détruits… Si on rapproche souvent la série de House Of Cards, on en est en fait assez loin. D’une part car le machiavélisme froid des Underwood n’est pas présent, ici, on réagit face au coup de l’autre, tel un jeux d’échec où il faut parer le moindre coup. D’autre part, parce que pour une fois, on comprend tout au système politique dont on nous parle, et cela nous permet d’exorciser, de comprendre, de fouiller, de mettre des claques à certaines valeurs, certains évènements, de manière frénétique et complexe. La série devient au fil des minutes de plus en plus organique, avec un côté western pas désagréable. On comprend les ambitions et les folies des deux héros qui promettent de belles batailles. Avec un sentiment de malaise qu’on espère voir durer : oui, ça se passe vraiment comme ça, la politique. Bref, une série à regarder, ne serait-ce que par conscience citoyenne (et aussi parce que c »est du bon drama français et qu’il serait bête de s’en priver!)

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Le Bureau des Légendes

Toujours en quête de série d’un genre inédit et d’une volonté de tirer vers le haut la qualité de la fiction française, Canal + diffuse en ce moment sa dernière création : Le Bureau des Légendes. « Showrunné » par le cinéaste Eric Rochant, on y suit un service de la DGSE bien particulier : celui des espions infiltrés sous un faux nom, ou une « légende ». Le héros des légendes, c’est Malotru. Revenu de mission au Moyen-Orient, il réintègre le bureau des légendes pour le trouver en crise : un espion a disparu à Alger. En plus de ça, Malotru revient avec une situation personnelle qui semble prendre le pas sur ses autres décisions… pourtant, il faut qu’il forme une toute jeune légende. Une belle brochette de comédiens vient porter, avec plus ou moins de bonheur, une série qui instaure dés le début une ambition de réalisme poussée. Ici, pas de James Bond, pas d’explosion : on suit plus les relations intimes des personnages plutôt que leurs actions. Du coup, le spectateur est pris dans un rythme assez particulier, celui de prendre son temps d’installer les choses, de laisser apparaitre doucement les conflits, sans les matraquer à outrance. Rythme parfois déstabilisant, car cela donne une impression assez froide, au premier abord, où l’émotion elle aussi met du temps à arriver. C’est en s’habituant aux personnages qu’on vient à s’y intéresser, la curiosité initiale laissant alors la place à une envie d’y revenir, accroché aux petites aspérités du récit qui laisse entrevoir que tout peut s’accélérer et prendre de l’ampleur. On est donc tenu par l’espoir que les prochains épisodes nous confirment l’intuition d’une série qui, si elle n’est pas parfaite, hausse d’un cran le niveau et ouvre la voie au cran suivant. le-bureau-des-legendes-serie-espionnage-canal

Les Revenants

On espère depuis longtemps voir le paysage de la fiction française télévisée changer et évoluer. Cette rentrée fut forte en bonnes nouvelles, allant dans le sens d’un renouveau dans la qualité des séries, confirmant les quelques surprises sympathiques de la saison passée. Le 26 novembre, l’une des créations les plus attendues arrive sur Canal + : Les Revenants. Déjà encensée par la critique comme étant une des meilleurs séries françaises jamais produite, cette nouvelle arrivée, de genre qui plus est, intrigue…

J’ai pu voir le pilote de cette série composée en tout de huit épisodes, et je ne peux que confirmer la rumeur : Les Revenants est étonnant, intrigant et porteur d’une belle promesse pour la suite. C’est au bout de cinq années d’écriture et de production que ce projet a pu voir le jour, après la sortie en 2004 du film de Robin Campillo sur le même sujet : des morts refont surface et retournent chez eux, dans un petit village, des années après leur trépas. Ce ne sont pas des zombies, mais bien des vivants qui ont juste l’impression de sortir d’un long coma. Ce qui intrigue, c’est l’impression intimiste qui se dégage de la façon dont leur retour est traité : l’atmosphère fantastique n’est pas clinquante, on s’intéresse aux réactions des proches devant ce phénomène qu’on n’explique pas (encore?). Les décors sont très dépouillés, la lumière froide, le temps passe lentement, et pourtant on est ancré dans un réel assez banal. Les personnages sont comme vous et moi, mais ce sont leurs réactions qui sont au coeur de l’intrigue. Comment réagir à ces retours douloureux? Les morts eux-même doivent comprendre qui ils sont et accepter ce qu’ils ont manqué. Ce mélange de réalisme et d’étrange, ce décalage fait tout de suite mouche, surtout lorsqu’on comprend à quel point les personnages sont profonds et touchants.

Fabrice Gobert (Simon Wermer a disparu…) à la réalisation et au scénario (coécrit entre autre avec Emmanuel Carrère et Céline Sciamma) ainsi que tous les acteurs apportent leur pierre à l’édifice pour en faire un solide moyen de porter la narration. Tous sont excellents. Les références qui parsèment la série sont tout aussi appréciables (Lynch ou encore Truffaut pour ma part). A la fin du pilote, on a certainement envie d’en (sa)voir plus, de rester un peu plus avec ces personnages que le drame sublime, et on apprécie l’état d’apesanteur dans lequel  on es laissé. Ne le loupez sous aucun prétexte!

Pour découvrir cet univers particulier, allez voir le site dédiée à la série

You might wanna watch French TV

Après vous avoir fait un petit topo sur la rentrée des séries US et UK, je vous invite à vous pencher d’un peu plus près à ce qui va se passer sur les écrans français, car certaines séries méritent qu’on les regarde!

L’évènement de la rentrée est pour moi la série Ainsi soit-il, création originale d’Arte. Prix de la meilleur série française au festival Série Mania, elle sera diffusée à partir du 11 octobre et a pour sujet la vie de séminaristes. Ensuite, on se penchera sur la saison 2 de Borgen en novembre sur Arte également (qui n’est pas une série française soit, mais qui vaut la peine quand même!).

Sur Canal +, on attend la saison 4 d’Engrenages et la saison 2 de XIII, mais surtout la nouveauté Les Revenants qui commencent en septembre : le genre fantastique fait enfin sa rentrée en France pour ce qu’on espère être une série de qualité !

Sur TF1, quelques nouvelles fictions françaises font leur apparition, comme Merlin avec Gérard Jugnot à Noël, No Limite avec Vincent Elbaz ou encore un nouveau polar : Falco, le dernier flic.

Quant à France 2, qui a dévoilé sa programmation au début de la semaine, les séries françaises seront le mercredi soir autour de la famille et le vendredi soir autour du polar. Voilà ce que la nouvelle saison apporte :

Le mercredi : soirée en famille

Fais pas ci, fais pas ça – Saison 5, Les Hommes de l’ombre – Saison 2, Détectives – 8 x 52 – Nouveauté, Tiger Lily – 6 x 52 – Nouveauté, Rouge Brésil – 2 x 90 – Nouveauté, La Smala s’en mêle

Le vendredi : soirée polars

Les Petits meurtres d’Agatha Christie – Nouveau duo, Caïn – 8 x 52 – Nouveauté, Main courante – 8 x 52 – Nouveauté, Les Limiers – 2 x 52 – Nouveauté, Candice Renoir – 8x 52 – Nouveauté, Boulevard du palais, Nicolas Le Floch

Ecrans de vacances

Le soleil revient, le mois de juin commence, on se dit chouette, enfin, les vacances arrivent à grands pas, on va enfin avoir du temps, sortir prendre l’air. Avoir du temps, c’est bien, ne pas le perdre, c’est mieux. J’ai donc concocté une petite liste de série à voir pendant vos heures de farniente estivale, car soyons honnêtes, vous allez quand même bosser un mois et demie sur deux et rester planter devant la télé quand il fera trop chaud, hein ! Bien sûr, je ne fais ici état que des nouveautés de la saison 2011/2012. Je vous fais confiance pour savoir si la saison 2, 3  ou 4 de vos coups de cœur des saisons précédentes ont été diffusés cette année ! ( Entre autre : The Borgia, Games of Throne, Sherlock, Community, Un Village Français,…)

Awake, à la suite d’un accident de voiture un inspecteur vit dans deux réalités : l’une avec sa femme, l’autre avec son fils… 1e et unique saison : au moins, vous saurez la fin au terme des 12 épisodes !

Once Upon A Time, des personnages de contes de fée emprisonnés dans notre monde sans savoir qui ils sont vraiment.

– Homeland, la meilleur série de cette saison. Rien que de savoir ça, vous le regarderez !

Hell On Wheels, de la poussière, des cow-boys et des indiens, dans le plus pur genre western !

Smash, les coulisses d’une comédie musicale à Broadway assez bien abordé, loin de la niaiserie d’autres séries musicales…

Magic City, à Miamy, dans les swinging 60’s, les aventures d’un patron d’un hôtel de luxe.

Sinon, jetez aussi un coup d’oeil aux suites des séries qui sont diffusées cet été : entre autre, d’Episodes, de True Blood, de Wilfred… mais aussi la nouveauté HBO que l’on attend tous, The Newsroom.

La télé française n’est pas en reste, avec la diffusion sur Arte de la série The Killing (la version danoise) et des adaptations des romans de Jane Austen

France 2 devrait faire l’événement avec sa saga historique de l’été, INQUISITIO, que j’attends avec particulièrement d’impatience. Et il parait que de nouvelles séries jeunesses arrivent également…

Canal + diffusera également Les Voies Impénétrables dans le cadre de la Nouvelle Trilogie.

Bref, il y a de quoi faire !

Et vous, vous allez regarder quoi cet été ?

Working Girls

La plupart du temps, je privilégie les notes sur les séries que j’apprécie ou que je souhaite vous conseiller. Le genre de programme qui me plaît et qui, je pense, pourra plaire à certains d’entre vous. Mais parfois, il faut savoir monter au créneau et dire un peu de mal, tout en restant poli, d’une série à laquelle on accroche pas. C’est le cas de la nouvelle production originale de Canal +, Working Girls.

Le problème avec les programmes de comédie, surtout de formats un peu plus court (et finalement assez étrange) comme celui-ci (chaque épisode dure 13 minutes), c’est que ça plait, ou ça plait pas. En gros, on trouve ça drôle ou pas. Et bien, Working Girls ne me fait pas rire. Je comprend que cela puisse en faire sourire certains, mais je n’y ai pas trouvé mon compte. Pour vous expliquer, il s’agit de la vie d’une petite PME vue par les femmes, mais pas n’importe quelles femmes : des tyranniques, des nymphomanes, des maniaco-dépressives, des hyper maternelles, bref, des nanas dont les pets de travers (et les pets tout court) sont poussés à fond. Caricature un peu trop poussée à mon goût, d’ailleurs. De l’humour pipi-caca, des vannes gratuites dont on se lasse très vite, des situations grotesques à laquelle on n’accroche pas une seconde pour la bonne raison qu’elles s’enchainent. Du coup, le spectateur n’a rien duquel se rapprocher, pas de pauses, pas d’éléments qui rendent attachant les personnages. Pourtant, même dans la comédie pure, il faut qu’on s’attache, un peu. Sinon, on fait du sketch, et là, c’est autre chose. En matière de sketch, il est vrai que Working Girls peut plutôt bien fonctionner si on aime l’humour de ce genre : aller au bout du cliché, du méchant, du gras et du sous la ceinture. Mais, encore une fois, ça ne me parle pas vraiment. Rien à voir avec The Office, où les personnages sont beaucoup plus subtils (et, pour moi, beaucoup plus drôle). C’est ça qui me manque, personnellement : de la subtilité, quand on fait de la série sur les clichés, c’est quand même la base…

Bref, je ne nie pas qu’il y a un travail certain derrière Working Girls, et que Canal + ose à nouveau la différence, en voulant peut-être revenir aux années des Nuls. Les auteurs Frank Bellocq, Béatrice Fournera, Eve-Sophie Santerre et le réalisateur Sylvain Fusee y sont allés à fond. Mais je ne pense pas que Working Girls deviennent aussi culte et efficace. Regarder un épisode, pour vous faire votre propre avis, mais ne venez pas me dire que si cette série ne fait pas rire, c’est qu’on est une femme sans humour, sans recul ou pincée. Le seconde degré, voir le millième degré, ne marche pas toujours avec tout le monde.

Luther

J’ai entendu parlé de la série Luther il y a deux ans, lorsque la première saison a été diffusée sur BBC One. Je n’ai pas eu le temps de regarder le résultat à l’époque. Mais lorsque j’ai vu que ce polar psychologique allait être diffusé sur Canal + à partir du 23 avril, je me suis dis que vous souhaiteriez peut-être en savoir plus…

Luther, série anglaise donc, a été créé par Neil Cross, à qui l’on doit également Spooks. Elle raconte l’histoire de John Luther, policier brillant mais violent qui reprend le travail après une dépression suite à une enquête qui a mal tourné.  A priori, rien de bien original. Mais Idris Elba, vu dans The Wire, incarne ce flic inspiré de… Sherlock Holmes et Columbo, et oui ! Plus dans la méthode que le personnage en lui-même : on ne cherche pas le coupable, mais la façon dont il a effectué son crime. Ici, c’est Ruth Wilson (Jane Eyre dans la dernière version de la BBC) qui incarne la tueuse surdouée et très manipulatrice avec laquelle Luther va mener une danse dangereuse.  Ce duo s’affronte dans un jeu psychologique où ils vont découvrir qu’ils ont beaucoup plus en commun qu’ils ne le pensent. Cette relation, dérangeante et dérangée, est le lien majeur et axe dramatique principal de la série, du moins de cette première saison : Luther délaisse même sa femme (Indira Varma, vue dans Torchwood et Rome) pour son but.

Si Luther n’est en rien une révolution du genre, on remarque encore à quel point les séries anglaises axent leurs points forts sur un lien dans un duo ou un groupe, et travaillent à fond la psychologie de leurs personnages. De quoi vous assurer d’agréables soirées en cas de désert télévisuel.