Le Congrès

Ari Folman nous avait déjà secoué avec son premier film en animation, Valse avec Bachir. Il a présenté cette année au festival de Cannes son dernier long-métrage, Le Congrès. Encore une fois, c’est un objet unique que nous présente le réalisateur Israélien, une fable futuriste touchante et osée.

Robin Wright joue son propre rôle… ou presque. Actrice qui ne tourne plus, mère qui a peur pour son fils atteint d’un syndrome grave, son studio lui fait une proposition terrible qu’elle ne semble pas pouvoir refuser. La technologie rend le cinéma obsolète à tel point qu’on peut désormais scanner les acteurs et les animer, permettant à ces derniers de prendre des vacances à vie. Dans une très belle première partie en prise de vue réelle, on assiste avec émotion à cette reddition. Puis on se retrouve quelques années dans le futur, où la technologie a fait un bon en avant : une substance permet aux hommes de se projeter dans un monde en animation. Folman y entraîne son actrice qui va assister à un Congrès pendant lequel sa vie va basculer et se perdre dans les méandres de l’âme et de l’imagination humaine. Car si on a l’impression de perdre pied dans l’histoire au profit d’un visuel magnifique, ce n’est pas le cas : la quête de l’être aimé, la question des choix est toujours présente, dans le monde réel ou dans l’imaginaire, métaphoriquement. Certes, cette partie qui semble parfois avoir été écrite sous acide risque de perdre quelques spectateurs au passage, mais ce mélange de rêve, de recherche constante, d’envie et d’amour m’a paru terriblement humain et surtout assez intelligent. J’ai été conquise devant ce très beau film.

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The Great Gatsby

Baz Luhrmann est le cinéaste des histoires d’amour impossibles. Entre sa trilogie du rideau (dont Roméo + Juliette ou Moulin Rouge) et Australia, son style se fait de plus en plus marqué et reconnaissable. Son adaptation de Gatsby le Magnifique, présenté hors compétition en ouverture du Festival de Cannes, ne déroge pas à ses habitudes… quitte à se répéter un peu.

Le roman de F. Scott Fitzgerald a comme décor le New-York des années 20. Raconté par Nick (joué par Tobey Maguire à l’écran), l’histoire raconte l’été où celui-ci vient s’installer à New-York où vit sa cousine Daisy (Carrey Mulligan) et son mari. Il fera la connaissance de son voisin, Jay Gatsby (DiCaprio), milliardaire mystérieux au palais gargantuesque et amoureux transit de Daisy. Très fidèle au roman, le film n’apporte aucune surprise, ce qui est un peu décevant : il aurait été bienvenue de s’écarter de la voix-off du narrateur, par exemple. Étrangement, le film paraît trop didactique : on nous explique tout, flashbacks redondants à l’appuie. Ces petits défauts nous empêchent vbite d’adhérer pleinement au film par ailleurs très agréable à regarder. Mais Luhrmann ne semble pas s’en inquiéter : le festin visuel qu’il offre, l’opulence des belles images doivent faire oublier le manque de finesse de la narration. Il faut dire qu’en matière visuel, rien ne se fait dans la retenue… et l’on ne peut s’empêcher d’y voir, malgré tout, des redites d’un Moulin Rouge à une autre époque, les chansons en moins. Ce New-York là est traité un peu de la même manière dont l’était Paris, en un peu trop lissé par le numérique. Les grandes fêtes ont des airs de cabarets remis au goût du jour par le hip-hop (qui fonctionne plutôt bien) et il faut oser aller jusqu’au bout en multipliant les effets de mise en scène.  Bien sûr cela facilité la plongée dans l’histoire d’amour impossible entre Gatsby et Daisy, en nous poussant surtout dans les motivations de ce personnage haut en couleur et très bien incarné par DiCaprio : c’est à lui qu’on s’attache, lui que l’on découvre incompris. Et c’est alors à ce moment-là que le film fait mouche : quand tout s’efface pour ne laisser que Gatsby face à lui-même. Le film prend une autre tournure. On regrette alors que ce personnage doive se contenter d’un film pas vraiment à sa hauteur, mais tout de même plaisant à voir surtout pour les amateurs du style Luhrmann qui se cite un peu lui-même.

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Le Passé

La cuvée cannoise 2013 commence sous de bons augures. Cette semaine est sorti dans les salles en même temps que sa projection au Festival le dernier film d’Asghar Far­hadi, Le Passé. Drame surprenant et fort, ce long-métrage nous embarque au cœur d’un triangle de personnages à l’heure des révélations.

Bérénice Bejo incarne magnifiquement Marianne, française qui fait revenir de Téhéran son ex-mari (l’inconnu et délicat Ali Mosaffa) pour qu’il signe les papiers du divorce afin qu’elle puisse se remarier avec son nouveau mec (Tahar Rahim). Ce dernier est cependant toujours marié, sa femme étant dans le coma depuis des mois à la suite d’une tentative de suicide. Le récit, qui s’étale sur quelques heures, quelques jours, condensé mais pleins de rebondissements, va nous faire découvrir les raisons du geste de cette femme, présence qu’on ne voit jamais mais dont l’acte a des conséquences sur tous les personnages. On s’étonne, au début, de la simplicité de ce qu’on nous présente, mais très vite la très belle réalisation nous embarque dans le noeud des relations entre une mère qui se cherche, le poids de la culpabilité d’une fille, le retour du mari et les confrontations, les silences. C’est un film très fin, quoi qu’un peu long, que le réalisateur iranien nous livre. Un beau film qui ferait, ma foi, une bonne palme d’or.

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