Indian Summers

Si vous en avez marre du gris hivernal et que Downton Abbey vous manque, Channel 4 a pensé à vous. Avec une mini-série historique comme les britanniques savent si bien les faire, les créateurs Paul Rutman et Nicole Taylor nous emmène en Inde, en 1932, avec Indian Summers.

Lorsque les britanniques occupaient l’Inde, ils se réfugiaient l’été au pied de l’Himalaya, dans des villes construites exprès par et pour eux. Ces retraites, qui duraient tout de même quelques mois, étaient une condensation de la bonne société anglaise, mais aussi des problèmes politico-économiques que les colons rencontraient alors que leur déclin débutait. C’est par une large galerie de personnages qu’Indian Summers tente de nous présenter tous les recoins de cette ville, tous les profils qui faisaient que ces été étaient si particulier. Sexe, tromperie, attentat, tout y passe, comme dans le meilleur des soaps. Mais celui-ci est teinté d’un exotisme et d’un savoir-faire indéniable qui a quelque chose d’assez captivant : il serait bête de se privée d’une telle bulle de chaleur et de réussite par les temps qui courent !

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Cucumber, Banana and Tofu

Cela faisait longtemps qu’on attendait le retour du scénariste Russel T. Davies. Créateur de la série Queer as Folk, Davies est surtout connu pour avoir remis la série Doctor Who au goût du jour et relancé avec brio la franchise. Depuis qu’il a laissé sa place à Steven Moffat, il avait disparu des radars… et pour cause : il nous concoctait Cucumber, Banana et Tofu, non pas une mais trois séries. Vous avez dit transmédia ?

Vous l’aurez peut-être deviné, avec ces séries, c’est de sexe dont on nous parle ici. Cucumber, Banana et Tofu, ce sont trois différents stades de l’érection masculine. Car plus que de sexe, c’est d’homosexualité qu’il s’agit, à différents âges et stades de la vie. Cucumber, série 52′ diffusée sur Channel 4, se concentre sur le personnage de Henry qui, en pleine crise de la quarantaine, est coincé dans le tofu. A la fois tendre et un peu méchant, ce récit autour d’un homme qui sent le monde aller trop vite autour de lui possède ce qu’il faut de fantaisie et de décalage pour fonctionner parfaitement. Notre héros a beau être casé, l’excitation n’est plus là, malgré les tentations…. tentations dont on retrouve les histoires dans Banana, une série 26′ diffusée sur E4. Chaque épisode se concentre sur un personnage secondaire – et principalement jeune – de Cucumber. Ici, c’est beaucoup d’humour, un regard amusé sur une jeunesse, des côtés so British, c’est accrocheur, cru. Cru, c’est aussi ce qu’on pourrait utiliser pour Tofu, une série documentaire présente uniquement en ligne, qui interroge le sexe sans tabou. Car plus que cru, c’est une remise en question honnête de la place, l’image et surtout le négativisme que nos sociétés peuvent encore avoir sur les pratiques sexuelles. Pour une fois qu’on en parle normalement !

Vous l’aurez compris, en plus d’histoires efficaces et qui peuvent parler à tous, Davies frappe encore fort en créant un mécanisme de séries complémentaires à grande échelle assez rare et efficace pour être souligné. Pas besoin d’être pervers pour y jeter un oeil !

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The Mill

Les anglais ont souvent une longueur d’avance en terme de série. Quand nous autres scénaristes français avons une idée, les anglais ont déjà eu la même a peu de choses prés. C’est ainsi que j’ai eu vent de la série The Mill, diffusée cet été sur Channel 4.

Nous voilà plongés dans l’austérité d’une usine de textile en 1833. Durant les quatre épisodes de cette mini-série, nous suivons le destin de quelques ouvriers qui passent leurs journées à tisser durant les tous premiers balbutiements des revendications ouvrières, liées surtout au combat pour l’abolition de l’esclavage. Ces hommes et surtout ces femmes évoluent dans un univers gris et terne et, si l’on ne peut s’empêcher de trouver quelques facilités des clichés de la Révolution Industrielle, on s’attache vite à ces petites gens qui font ce qu’ils peuvent pour supporter la pénibilité du travail. Si les intrigues pourraient rapidement tourner en rond, elles vont assez vite pour qu’on ne s’ennuie pas et sont assez fines pour être humaines. Ce n’est pas sans rappeler une autre série que la BBC a également livré au public, The Village. Mais les deux séries n’ont pas la même ambition : là où The Mill n’est qu’une tranche de vie, The Village penche vers l’épopée. Quoi qu’il en soit, il y a certainement encore beaucoup à raconter sur l’histoire de la condition ouvrière… (à bon entendeur !)

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Dates

Rappelez-vous, il y a quelques années, une série anglaise mettant en scène des ados comme on ne les avait jamais vu défrayait la chronique. Alors que la dernière saison de Skins commence Outre-Manche, son créateur Bryan Elsley nous offre une plongée dans le monde du « blind date » adulte avec Dates.

Durant les neufs épisodes d’une vingtaine de minutes, le spectateur assiste donc à une première rencontre entre deux personnes qui ne se connaissent que sur la toile. Chacun, avec ses lourds bagages du passé, semble chercher l’amour et le rendez-vous est à la fois un duel de séduction, un piège tendu à l’autre pour qu’il se dévoile en premier. Toute la finesse de l’écriture passe par d’excellents comédiens, notamment Oona Chaplin que certains reconnaitront de Game of Thrones. Si certains sont récurrents, d’autres de passage, tous les protagonistes se battent contre eux même pour laisser voir leur meilleur profil, mais c’est sans compter sur la personne d’en face. L’unité de lieu et de temps renforce cette impression de fugacité de la vie, où tout peut se jouer à rien. On peut les regarder séparément mais un esprit voyeur nous donne très vite envie de voir la suite.

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Utopia

La théorie du complot est peut-être plus présente qu’on ne le pense. Les protagonistes d’Utopia, nouvelle série anglaise qui fait beaucoup parler d’elle, diffusée sur Channel 4 et crée par Dennis Kelly, vont le découvrir à leurs dépens.  Narration hors du commun, visuel léché, ambiance violente comme si Tarantino se prenait au sérieux : voilà le genre de chose qu’on n’est pas prêt de voir chez nous, mais qui mérite amplement le détour.

Dans un monde qui n’est pas tout à fait le notre, des tueurs sans pitié traquent le manuscrit du deuxième tome d’une bande-dessinée et cherchent une jeune fille dont on ignore tout. Ni nous, ni les fans d’Utopia qui se retrouvent par hasard sur un tchat dédié à l’œuvre et se rencontrent… avant de basculer malgré eux dans une chasse à l’homme. Qui est Jessica Hyde ? Quel est le lien entre le labo des vaccins russes et l’œuvre d’un détraqué mental ? On ne nous dit pas grand chose, pas plus que ne le savent les personnages principaux, mais pas besoin d’ironie dramatique pour imaginer le pire… Plongé dans un véritable dédale d’histoires qui se relient entre elles, la série baigne dans les références au genre du comics soigné. On est accroché tout de suite, par le style, le mystère, l’énergie et la modernité du fond et de la forme. Encore une fois, les anglais nous épatent et je ne vous conseille que trop de vous plonger dans Utopia !

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The Carrie Diaries VS My Mad Fat Diary

Il y a souvent un monde entre les séries anglaises et américaines. Lundi soir nous l’a prouvé : deux séries, ayant pour héroïne une adolescente écrivant un journal intime, ont été diffusé de chaque côté de l’Atlantique. The Carrie Diaries sur The CW et My Mad Fat Diary sur Channel 4 présentent deux jeunesses durant les années 80 à l’opposé l’une de l’autre. Et les anglais l’emportent haut la main.

Fort du succès de l’excellente série Sex and the City sur HBO entre 1998 et 2004, la chaîne The CW a décidé de s’attaquer à un prequel en racontant l’adolescent de Carrie Bradshaw, en se basant toujours sur les romans de Candace Bushnell. Malheureusement, on est loin de la qualité de S&TC : cette Carrie là est plate et déjà vue. Les thèmes abordés se veulent profond – la mort d’un parent, le deuil, la découverte de l’amour,… – mais leur traitement est facile et peu crédible. Carrie se met à évoluer dans deux mondes : celui de son lycée, et celui de Manhattan, où son père l’envoie en stage. La grande ville, pour elle, c’est tout de suite le luxe, la mode, l’argent, la facilité. Carrie est loin d’être l’incarnation du rêve américain : à part parler d’elle, elle n’a jamais entreprit grand chose. Bref, si la série sera tout à fait au goût des nostalgique de Gossip Girl, The Carrie Diaries n’offre même pas cette lecture un peu acide et second degrés. Bref, il y a encore du boulot pour que cette série arrive à la cheville de sa grande soeur, ou de My Mad Fat Diary.

My Mad Fat Diary part d’un personnage beaucoup plus intéressant et complexe : une ado obèse qui sort d’une lourde dépression. Ici, rien n’est doré ni facile, surtout quand on vit seule avec une mère en quête constante d’un homme, qu’on s’est toujours senti rejeté d’une société difficile et qu’on est très mal dans sa peau. Pourtant, Rae (très justement jouée par Sharon Rooney) doit retrouver sa place dans le monde, peu importe le nombre de chocolate bar qu’elle devrait engloutir pour faire face. A la fois fraiche et grave, rigolote et touchante, résonnant en chacun de nous, voici l’adolescence comme on l’ a connu, où la musique tient une place importante, où l’on doit faire face à la honte de changer. On s’identifie beaucoup plus aux chagrins de Rae qu’au problème de robe de Carrie, et c’est sans hésiter qu’on suivra jusqu’à bout cette histoire. De plus, la série a le mérite de soulever la question de la dépression chez les ados, un phénomène dont on n’ose encore peu parlé. Après SkinsThis is England 86, Channel 4 continue donc à explorer l’adolescence avec succès.

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