La saga de My Pen My Friend : petit labo d’écriture

En voilà un titre énigmatique, n’est-ce pas ? Il faut que je vous avoue : ce moment, j’ai des envies de saga.

Une saga comme avant, comme on en publiait dans les journaux, un épisode à la fois, court, percutant. On m’a fait le retour suivant, lors de la refonte de mon blog : de la frustration que mes histoires n’ont pas de suite.

Alors on va expérimenter ensemble, si cela vous tente ! Un petit labo d’écriture d’une saga qui sera un peu surgit de nul part, pas vraiment travailler, vraiment au fil de la plume, une catharsis pour moi, un petit plaisir pour vous (enfin je l’espère).
J’ai beaucoup réfléchi au sujet, au point de départ, et je me suis dis que ce serait chouette, vu que nous expérimentons ensemble, de le faire avec vous ! Alors voilà : votre mission, si vous l’acceptez, c’est de me mettre, dans les commentaires, une idée, un personnage, un thème, un décor, bref, un truc que vous voudriez lire.

Vous me connaissez bien, je suis friande des récits historiques, du coup, pour cette première saga, je vous propose que nous trouvions un sujet qui se passe dans une époque reculée, disons, avant 1950 : maintenant, je vous laisse également proposer des sujets.

Par exemple… trouver le récit d’une vie antérieure ? Un thriller, un policier à l’ancienne ? Des aliens dans les pyramides ? Une histoire d’amour impossible ? Des guerres de pouvoir ? Lachez-vous ! Je ferais un petit mash-up des propositions pour trouver un début d’histoire le mois prochains, et officiellement lancer l’aventure en septembre, à raison d’un épisode par mois.

Je sais pas vous, mais cette idée m’excite beaucoup !

ecriture

Publicités

Enchainé.

Une scène de travail d’un de mes projets, que certains reconnaitront peut-être…

Un éclair de jalousie traverse le regard d’Arnaud. Il reporte toute son attention sur les gestes de ses mains. Attraper, tordre, poser, couper, chauffer, passer, recommencer. Il ne faut pas se laisser aller. Ne pas penser. Mais, du coin de son œil, Arnaud voit son frère parcourir les allées, fier comme un paon. Il ne comprend toujours pas comment Vivien a obtenu ce poste. Il ne doute pas des capacités de travail de son petit frère, mais si ici, tout revient au mérite, il n’est pas sûr que Vivien soit le candidat à la morale parfaite et aux valeurs idéales. Attraper, tordre, poser, couper, chauffer, passer, recommencer. Arnaud fait des gestes doux, assurés, automatiques. Depuis quelques mois, venir tous les jours, répéter les mêmes actions, sans penser à rien d’autre que bien accomplir sa tache. Il a fallu que Vivien mette son nez là-dedans. Que Vivien se mêla de ses affaires lorsqu’ils étaient enfants, c’était une chose. Qu’il vienne maintenant mettre son grain de sel dans la vie qu’Arnaud essaie de se construire, jour après jour, effort après effort, ce n’est pas du tout ce dont Arnaud a envie. C’est Vivien qui avait eu les clés pour réussir, qui aurait dû devenir marchand. Une stridente sonnette retentit. Pause réglementaire. Arnaud se secoue les bras, se détend les coudes, fait quelques pas. Vivien surgit derrière lui, un grand cahier sous le bras. Il sort une petite montre à gousset, observe les secondes qui défilent. Un rictus amusé sur les lèvres, il tapote sur l’épaule d’Arnaud.
«  Belle performance, ouvrier Barraire, la fierté des usines ! », glousse-t-il. Arnaud, lui, soupire, se dirige vers une fontaine à eau dans un recoin de l’immense hangar où les chaînes de travail sont installées. Vivien trotte derrière lui, lui montrant fièrement sa montre. « Qu’est-ce que t’en pense ? Ça vaut le coup d’être chef, non ? » Vivien observe l’objet, content de lui. Arnaud se penche vers le petit robinet en ferraille, l’ouvre délicatement, ses mains rassemblées en une coupelle pour y recueillir l’eau. « Tu n’es pas le chef, Vivien. Et je serai toi, je ne ferai pas trop le malin… » Arnaud boit rapidement. Puis il laisse sa place à l’ouvrier qui, derrière lui, lui fait un sourire complice. Vivien lève les yeux au ciel. « Ouais, ben en attendant, c’est pas moi qui retourne à la chaine dans trois minutes… deux minutes ! Pas de retard pour… » « BARRAIRE ! » Arnaud et Vivien se retournent ensemble vers la grosse voix qui vient de prononcer leurs noms de famille. Un homme sec, casquette de chef d’usine, leur envoie un regard noir. « La pause, c’est pour les ouvriers, pas pour vous ! » Vivien rougit et regarde autour de lui, mal à l’aise, « Oui chef », alors qu’Arnaud ne peut s’empêcher un soupir en retournant à sa place, ne pouvant se débarrasser du sentiment que, non, décidément, cela n’augurait rien de bon.

Répétition.

En cette année 2016, j’ai envie de vous proposer une petite nouveauté sur ce blog : une fois par mois, je vais poster un petit texte, une mini-nouvelle. Ces textes seront écrits dans le cadre du développement d’un de mes scénarios – sans que vous ne sachiez lequel, pour l’instant ! J’espère que ça vous plaira !

Il ne regardait même pas ses doigts. Il ne tapait même pas le rythme avec son pied. Heureusement que les danseurs, en combinaisons rouges et noirs, connaissaient l’enchaînement par cœur. Après tout, cela faisait au moins la dixième fois qu’ils répétaient le morceaux, traversant la scène avec des sauts joyeux et des portés gracieux. A ce rythme là, Paul le jouerait dans son sommeil. Il s’exécutait de manière tellement automatique que Laura était persuadée qu’il était dans la lune. Il ne faisait jamais vraiment attention à ce qui se passait autour de lui, d’ailleurs. Il lui jetait bien quelques regards de temps en temps, mais elle s’efforçait de l’ignorer. Elle fouillait sa mémoire pour trouver des histoires à retranscrire dans son journal intime, pour ne pas avoir à lever le nez de son cahier pour regarder la scène. Le piano noir s’y fondait comme une panthère dans la nuit. Le t-shirt blanc de Paul, assis sur son tabouret derrière l’instrument, brillait de contraste. Il releva les yeux et croisa le regard de Laura. Elle se força à le soutenir quelques instants avant de baisser les yeux sur son journal et de se remettre à écrire, comme si elle ne le voyait pas vraiment, comme si elle ne faisait que réfléchir. Mais elle sentait le poids de ses yeux, toujours là. La musique se finit. Son père, assis sur un fauteuil non loin d’elle, se redressa. « Allez, une dernière fois ! » lança-t-il pour la dixième fois. Elle leva les yeux au ciel et le maudit silencieusement. Paul recommença à jouer avec un petit sourire mesquin sur les lèvres. Non, décidément, il avait décidé de faire tourner Laura en bourrique, et elle était bien décidé à se venger.