Le Bureau des Légendes

Toujours en quête de série d’un genre inédit et d’une volonté de tirer vers le haut la qualité de la fiction française, Canal + diffuse en ce moment sa dernière création : Le Bureau des Légendes. « Showrunné » par le cinéaste Eric Rochant, on y suit un service de la DGSE bien particulier : celui des espions infiltrés sous un faux nom, ou une « légende ». Le héros des légendes, c’est Malotru. Revenu de mission au Moyen-Orient, il réintègre le bureau des légendes pour le trouver en crise : un espion a disparu à Alger. En plus de ça, Malotru revient avec une situation personnelle qui semble prendre le pas sur ses autres décisions… pourtant, il faut qu’il forme une toute jeune légende. Une belle brochette de comédiens vient porter, avec plus ou moins de bonheur, une série qui instaure dés le début une ambition de réalisme poussée. Ici, pas de James Bond, pas d’explosion : on suit plus les relations intimes des personnages plutôt que leurs actions. Du coup, le spectateur est pris dans un rythme assez particulier, celui de prendre son temps d’installer les choses, de laisser apparaitre doucement les conflits, sans les matraquer à outrance. Rythme parfois déstabilisant, car cela donne une impression assez froide, au premier abord, où l’émotion elle aussi met du temps à arriver. C’est en s’habituant aux personnages qu’on vient à s’y intéresser, la curiosité initiale laissant alors la place à une envie d’y revenir, accroché aux petites aspérités du récit qui laisse entrevoir que tout peut s’accélérer et prendre de l’ampleur. On est donc tenu par l’espoir que les prochains épisodes nous confirment l’intuition d’une série qui, si elle n’est pas parfaite, hausse d’un cran le niveau et ouvre la voie au cran suivant. le-bureau-des-legendes-serie-espionnage-canal

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Möbius

Monaco, ville de luxe, d’argent, de mafia, d’espions : voilà le décor du nouveau film d’Eric Rochant, Möbius.  On y retrouve un gradé des services secrets russes, Lioubov (Jean Dujardin) qui recrute Alice une surdouée de la finance américaine (Cécile de France) pour espionner un puissant homme d’affaires russe alors que la CIA surveille l’ancien KGB. Mais voilà que Lioubov et Alice entament une relation passionnée sans savoir à qui ils ont vraiment à faire et qui entrainera leur chute.

Le point fort de ce thriller sobre où les scènes d’actions n’ont pas leur place, c’est qu’aucun des personnages n’est tout blanc ou tout noir. Loin d’un manichéisme souvent propre aux films d’espionnages américains, Rochant prouve qu’on peut être un peu plus subtile lorsque l’on fait tomber amoureux un homme et une femme n’ayant pas plus de scrupules en affaire l’un que l’autre. Le fait que Cécile de France soit plus juste que Dujardin, et que son personnage semble tout de même plus innocent, fait que c’est à elle qu’on s’accroche, c’est pour elle qu’on tremble un peu. Puis, à la manière d’Alfred Hitchcock, les deux amants sont pris dans un enchainement d’intrigues sombres plus ou moins crédibles où tout le monde se suit, s’épie, se traque. Un triple jeu d’espion qui permet cependant d’être cohérent et de ne pas perdre le spectateur dans trop d’artifice. Par contre, je n’ai pas été du tout convaincu par la fin qui, quoi qu’à l’image du film entre deux eaux, n’en reste pas moins un happy end dont on se serait passé. Bref, si ce long-métrage est assez agréable à regarder et plutôt convaincant, il semble qu’il aurait pu facilement gagne quelques crans d’émotions en faisant parfois des choix plus clairs.

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