Le Congrès

Ari Folman nous avait déjà secoué avec son premier film en animation, Valse avec Bachir. Il a présenté cette année au festival de Cannes son dernier long-métrage, Le Congrès. Encore une fois, c’est un objet unique que nous présente le réalisateur Israélien, une fable futuriste touchante et osée.

Robin Wright joue son propre rôle… ou presque. Actrice qui ne tourne plus, mère qui a peur pour son fils atteint d’un syndrome grave, son studio lui fait une proposition terrible qu’elle ne semble pas pouvoir refuser. La technologie rend le cinéma obsolète à tel point qu’on peut désormais scanner les acteurs et les animer, permettant à ces derniers de prendre des vacances à vie. Dans une très belle première partie en prise de vue réelle, on assiste avec émotion à cette reddition. Puis on se retrouve quelques années dans le futur, où la technologie a fait un bon en avant : une substance permet aux hommes de se projeter dans un monde en animation. Folman y entraîne son actrice qui va assister à un Congrès pendant lequel sa vie va basculer et se perdre dans les méandres de l’âme et de l’imagination humaine. Car si on a l’impression de perdre pied dans l’histoire au profit d’un visuel magnifique, ce n’est pas le cas : la quête de l’être aimé, la question des choix est toujours présente, dans le monde réel ou dans l’imaginaire, métaphoriquement. Certes, cette partie qui semble parfois avoir été écrite sous acide risque de perdre quelques spectateurs au passage, mais ce mélange de rêve, de recherche constante, d’envie et d’amour m’a paru terriblement humain et surtout assez intelligent. J’ai été conquise devant ce très beau film.

21015560_20130626151726395.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

Publicités

Behind the Candelabra

Cette année, il y avait une grande première au Festival de Cannes : un téléfilm était en compétition officielle. Behind the Candelabra (Ma vie avec Liberace) de Steven Soderbergh a fait sensation quelques jours avant sa diffusion sur HBO. Le réalisateur qui avait eu la palme d’or avec Mensonge, Sexe et Vidéo revenait sur la croisette avec un film à paillette… au sens propre du terme.

Liberace, absolument inconnu en France, était un pianiste-star de Las Vegas, virtuose qui mettait son talent au service d’un show à strass exubérant. Durant l’été 1977, un jeune homme de la campagne, Scott Thorson, entre dans sa loge. C’est le début d’une histoire d’amour, d’une liaison secrète orageuse et passionnée qui durera cinq ans, malgré la différence d’âge et les origines sociales opposées des deux hommes. Adapté des mémoires du dit Scott Thorson, c’est de son point de vue qu’on découvre la vie surfaite d’apparence d’un homme qui s’est toujours défendu d’être homosexuel. Soderbergh permet au spectateur, par ce point d’entrée, d’établir une relation complice avec le spectateur pour pouvoir aller voir plus loin, derrière le rideau, la cruauté et les drames qui s’y jouent. L’ironie du divertissement : très vite, l’humour peut faire place à un jeu plus sombre. Surtout lorsque, l’histoire d’amour établie, on assiste à son délitement.

Si le casting est excellent, on regrette un peu le classicisme presque académique du scénario où l’on devine assez facilement les rebondissements. Mais encore une fois, Soderbergh maitrise parfaitement sa mise en scène, avec comme refrain l’apparence, la mise en scène de sa propre existence avec Las Vegas comme parfaite incarnation de ce phénomène. Le sujet de l’homosexualité est finalement très second, bien qu’il ai posé problème. Après des années de développement difficiles, Soderbergh a finalement décidé de faire Ma vie avec Liberace pour la chaîne câblée HBO. Tus les studios de cinéma reprochaient au film d’être « trop gay ». Le cinéaste leur prouve qu’il n’en est rien, car le sujet du film n’est pas là. Le film fera l’ouverture du Festival du cinéma américain de Deauville 2013 et fera l’objet d’une sortie en salle en France en septembre.

130423-behind-the-candelabra-matt-michael-serious-1024

Bah alors, t’es pas à Cannes ?

Chaque année, c’est la même rengaine. Tous les mois de mai que Dieu fait depuis 66 ans, les gens n’ont qu’un seul mot à la bouche : Cannes. Lorsque l’on travaille dans le milieu du cinéma, c’est encore pire : tout votre monde ne semble tourner qu’autour de la croisette. Chaque année, un de vos réalisateurs fétiches, l’une de vos stars favorites seront présents. Mais vous, vous restez chez vous. Parce qu’il faut bien travailler, parce que vous n’avez aucune raison d’y aller, le Festival de Cannes se vit pour la majorité des gens via des écrans et des articles de journaux. D’où un certain agacement, et une petite pointe de déprime : pourquoi pas moi? se demande-t-on devant la montée des marches…

Vous savez quoi ? Cette année, il y en a marre. C’est décidé, le festival, je le fais chez moi. D’abord, à Cannes, il ne fait même pas plus beau qu’à Paris, a en croire les comptes-rendus de la cérémonie d’ouverture… que je n’ai pas regardé parce que j’avais piscine (enfin, salsa, en l’occurrence). De plus, le Festival de Cannes semble bouder les gens comme moi, ce que je suis : les femmes et les scénaristes. Les femmes, car il n’y a qu’une réalisatrice en compétition officielle cette année (il y en a longtemps eu aucune), les scénaristes, car il est rare que ce corps de métier soit représenté dans le jury (il ne l’est pas du tout cette année.). C’est drôlement embêtant, vous ne trouvez pas ? Enfin, parce qu’il n’y a pas qu’à Cannes qu’on peut voir des films et célébrer le cinéma. Quelques-uns d’entre eux (comme Gatsby le Magnifique ou Le Passé) sortent sur les écrans en même temps qu’à Cannes, et les 24, 25 et 26 mai, sur les 20 films sélectionnés en compétition pour la palme d’or, quinze films seront projetés au cinéma Gaumont Opéra. Pour ceux qui le veulent vraiment, la sélection parallèle Un certain regard, soit 18 longs-métrages, est projetée du 29 mai au 4 juin, au cinéma Reflet Médicis, La Quinzaine des Réalisateurs du 30 mai au 9 juin au Forum des images et la Semaine de la Critique du 6 au 10 juin à la Cinémathèque. Oh, et j’oubliais : les stars, on les croise tous les jours dans les rue de Paris, et Spielberg je l’ai vu à l’avant-première de Tintin, hein !

Alors, quand on me demande en tout innocence : « bah alors, t’es pas à Cannes ? », au lieu d’osciller entre l’envie de hurler, d’être aigri ou de bouder, rien ne fonctionne mieux qu’un petit sourire énigmatique : Cannes, cette année, c’est à Paris !

Cannes_Film_Festival_entrance