Whiplash

« Jusqu’où doit-on pousser un élève pour qu’il atteigne l’excellence ? » Voilà qui semble être la question de fond du film Whiplash, premier long-métrage de l’américain Damien Chazelle. L’histoire prenante et dure d’un jeune batteur qui intègre un conservatoire haute gamme et rencontre un chef d’orchestre exigeant au-delà du raisonnable.

On ne peut que se reconnaitre à un moment dans le parcours du jeune Andrew (Milles Teller). On a tous fait face à un prof ou un mentor qui exigeait le meilleur de nous-même ou un dépassement de soi. Mais Whiplash pousse les curseurs à l’extrême : le prof, excellent J.K. Simons, est sadique et abusif parce qu’il est persuadé que c’est comme ça qu’il fera naître le prochain surdoué du jazz. Cette folie, peu d’élèves la supporte, et Andrew y répond de manière aussi malsaine, donnant à l’ensemble une complexité forte. Les personnages sont très bien caractérisés et interprétés, avec ce duel en exergue. Les scènes musicales sont superbement mise en scène, sans hésitation. Le seul questionnement sur le film se situe dans les dernières secondes : quel est vraiment le message que le réalisateur veut faire passer ? Ce dernier regard, entre les deux personnages, que signifie-t-il ?  En réalité, ce film doit plutôt nous poser la question des séquelles qu’un prof abusif peut laisser sur un élève, et surtout s’il n’y a pas d’autres moyens de faire naitre le génie plutôt que de le lire comme une apologie de l’abus… même si le doute plane sur la position de Chazelle et terni un peu l’image du film, par ailleurs très réussi.

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States of Grace

Un des conseils d’écriture qu’on nous donne souvent, c’est de commencer par écrire sur ce que l’on connait. Bien que controversé et décrié par beaucoup, cette recommandation s’est avérée payante pour le réalisateur Destin Cretton. Dans son premier film, States of Grace, il raconte le quotidien d’un foyer pour mineurs défavorisés, genre d’établissement dans lequel il a lui-même travaillé.

Grace est éducatrice dans une maison où vivent des jeunes exclus de la société, qui ne peuvent plus vivre dans leurs familles en difficultés mais qui ont déjà franchi une certaine limite. Elle parait forte, décidée, sachant maniée tant bien que mal les fêlures de chacun. Mais un jour débarque une ado à vif qui va ramener Grace à sa propre histoire, et l’obliger à affronter une bonne fois pour toute son difficile passé. Dans un registre qui relève de la chronique et avec bienveillance, Cretton nous dévoile des personnages certes assez simples, parfois trop gentils, mais qui traversent les coups durs et les bosses de la vie avec finesse et discrétion, de manière à toujours garder un peu d’espoir. States of Grace est un petit film indépendant associé à un nouveau genre qu’on appelle Sundance (le festival du film indé américain où le film a été d’ailleurs primé) qui, sans être inoubliable ni le film à l’ambition du siècle, est un moment doux à passer dans une salle obscure. Le genre de petit film qui fait du bien.

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How I live now

How I live now est un roman pour jeune adulte, genre encore assez anglo-saxon, écrit par Meg Rosoff que j’ai lu à l’occasion de mon master londonien. A l’époque, j’avais été frappé par un souffle inédit, un récit à la première personne sombre et touchant, celui d’une adolescente vivant une guerre apocalyptique. Aujourd’hui, c’est le réalisateur Kevin MacDonald qui le transpose au cinéma.

Dans un futur proche sensiblement différent, Daisy, donc, arrive chez ses cousins anglais, bien loin de son Manhattan natal. Des gosses livrés à eux-même alors que les parents sont absents. Le film se concentre sur le côté très adolescent de l’histoire, sur un premier amour qui manque malheureusement de chaire et de finesse à l’écran. Ce qui nous tient, c’est le personnage torturé de Daisy, qui va se révéler plus forte que tous quand explose une bombe nucléaire au-dessus de Londres et que la guerre fait rage. Malheureusement, on aurait aimé que ce décor post-apocalyptique soit plus présent, plus développé, qu’on comprenne mieux les enjeux auxquels Daisy fait face. Certes, on comprend que son histoire d’amour est ce qui la fait tenir, mais pour se détacher du côté très intimiste qui réussit au livre, il aurait fallu être moins sage et se décoller un peu du roman. Du coup, le film est trop en demie-teinte, trop collé à la romance qui reste plate malgré les efforts de mise en scène. On ne s’ennuie pas, mais on aurait plus envie de suivre ce qui se passe dans le monde que dans le cœur de Daisy : le roman peut se permettre de baigner dedans, mais le film donne du coup l’impression d’être à côté de la plaque.

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Saving Mr. Banks

Le film Mary Poppins a bercé mon enfance, comme beaucoup d’autres. Je me le suis passée en boucle les jours de maux divers qui empêchaient d’aller à l’école, je connais encore les chansons par coeur… bref, l’effet d’un film de Disney, quoi. Je ne pouvais donc pas passer à côté du film Dans l’ombre de Mary, réalisé par John Lee Hancock et écrit pas Kelly Marcel, qui entreprend de raconter comment Walt Disney himself a convaincu l’auteur des livres pour enfant P.L. Travers de lui céder les droits.

En fait, il y a deux films dans Saving Mr Banks : le duel entre Travers (génial Emma Thompson) et Disney (Tom Hanks) avec les thématiques assez intéressantes du respect de l’œuvre originale, de l’auteur, des problématiques d’adaptation, bref, de l’écriture d’un film ; et des flashbacks sur l’enfance de Travers en Australie tournant autour de son père alcoolique où, vous vous en doutez, on retrouve toutes les références au futur récit de l’écrivain. Malheureusement, les deux ne fonctionnent pas du tout ensemble. Très différents visuellement et émotionnellement, on passe trop vite sur l’un et sur l’autre pour vraiment creuser les émotions et les caractérisations. La partie sur l’enfance de Travers es vraiment ennuyeuse et mal faite à souhait : téléphoné, filmé avec une lumière trop forte et des scènes qui ont vraiment eu sur moi un effet repoussant (quand elle galope à cheval dans les bras de son père!….), on a qu’une envie c’est d’avancer et de retrouver l’écriture du scénario et les manières on ne peut plus anglaise de la vieille fille. Certes, la partie années 60 n’est pas non plus dénuée de clichés et de bons sentiments, mais le personnage est bien plus touchant à ce moment là. Du coup, le film est à moitié raté, et c’est dommage, car le sujet de l’adaptation est vraiment intéressant… et le casting assez imposant.

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Un été à Osage County

Plus un film vend du rêve, plus la chute est dure à la sortie de la séance. L’incompréhension que l’on ressent après avoir vu Un été à Osage County est difficile à admettre : comment être déçu par un tel casting, après une tel promo et les nominations diverses ?

Avec une mère atteinte d’un cancer (Meryl Streep) et un père qui disparait dans la nature pour en fait se suicider, pas facile pour Barbara (Julia Roberts) et ses deux soeurs de ne pas être remuées par la vie. Pendant les quelques jours où la famille se retrouve dans la maison familiale à Osage County, c’est l’heure des règlements de compte en bonne et due forme… tout le monde se crie dessus, se balance des vacheries, déverse sa haine de sa vie déçue, bref, c’est loin d’être joyeux. Le problème c’est que, pendant ces longues et lourdes scènes d’explications, le spectateur perd rapidement le peu d’empathie que les personnages peuvent donner à la première impression. C’est froid malgré la chaleur ambiante et ça sonne malheureusement creux : ici, pas de place à la sincérité ou à une once de vérité chaleureuse, mais beaucoup de comédiens qui se donnent (un peu trop) à fond. Les problématiques sont assez clichés et, s’il parait que c’est une critique de l’Amérique profonde, on se dit que le pays est vraiment mal barré.

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12 years a slave

C’est toujours compliqué d’écrire la critique d’un film qui fait l’unanimité. On a envie d’aller contre, bien sûr, dans un esprit de contradiction très français. Mais, là, il n’y a rien à faire : en ce qui concerne 12 Years a Slave, le dernier film de Steve McQueen, je ne peux qu’accorder mes violons sur l’avis ambiant. Ce film est magnifique.

Pourtant, je ne pouvais m’empêcher de nourrir un petit doute. J’avais été déçu par Shame, je n’ai pas honte de l’avouer, et Steve McQueen n’était pas à l’abri de rater sa cible pour ce drame historique racontant l’histoire vraie d’un homme libre noir vivant en 1841 qui se fait kidnapper et vendre comme esclave dans des plantations de la Nouvelle-Orléans. De plus, quand on voit le casting de supers comédiens qu’il a réuni, on a peur que parfois trop de stars cachent un scénario moyen. Je vous rassure tout de suite : ici, ce n’est pas du tout le cas. Le récit est puissant, filmé avec brio, dur, violent, prenant, très bien interprété (chapeau à Chiwetel Ejiofor tout particulièrement). Certes, le film dénonce l’esclavagisme, mais ne le fait pas avec les poncifs habituels ou un esprit moralisateur. C’est avec finesse qu’il nous fait nous demande ce qu’on aurait fait, nous, sachant très bien que le cinéma nous permet de regarder en face ce pour quoi nous aurions détournés les yeux dans la réalité, maitre ou esclave, blanc ou noir.

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The Spectacular Now

Les films sur l’adolescence sont un crédo assez répandu dans le cinéma indépendant américain. Mais de là à emporter un tel succès au festival de Sundance, il fallait que The Spectacular Now ai un petit quelque chose en plus…

Il est le genre d’ado charmeur, intelligent, tête à claque qui se brule les ailes et qui boit beaucoup trop. Elle est bosseuse, petite souris grise, un peu naïve. Lui vient de se faire larguer par sa copine, elle livre les journaux avant les cours en remplacement de sa mère. Ils sont en dernière année de lycée et ils n’étaient pas vraiment fait pour tomber amoureux. C’est l’histoire à la fois simple mais plus complexe qu’il n’y parait des deux personnages du troisième long-métrage de James Ponsoldt, incarnés par Miles Teller et Shailene Woodley, des noms à retenir pour sûr. Beaucoup moins surfait que Le Monde de Charlie, plus touchant mais aussi plus dur, cette chronique d’une année charnière donne un petit film dont on attend pas grand chose mais dans lequel on peut reconnaitre l’ado que l’on était. Malheureusement passé inaperçu en France et ne profitant pas du succès mérité aux USA dû au piratage du film, il n’en reste pas qu’il ne faut pas hésiter à aller le découvrir là où vous pourrez.

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La vie rêvée de Walter Mitty

Faire le tour du monde, grimper sur les plus hauts sommets, vivre d’aventures, de découverte et d’ailleurs sont des rêves que nourrissent beaucoup d’entre nous. Ben Stiller, lui, a décidé d’en faire un film en réalisant le scénario de Steven Conrad, La vie rêvée de Walter Mitty, lui même adapté du roman de James Thurber. L’histoire d’un petit employé qui rêve plus qu’il ne vit, jusqu’au jour où le destin lui met le pied à l’étrier…

Le pitch avait de quoi être alléchant : conte fantastique sur un introverti, comédie poétique sur le dépassement de soi… ce film aurait pu être tout ça si il ne s’ingéniait pas à ramener tous ses moments de poésie à un parcours somme toute très attendu du personnage. Non pas que l’on passe un mauvais moment, au contraire : on se laisse tout de même prendre par la folie douce qui s’empare de Walter et on est avec lui… quoi qu’on ne peut s’empêcher de penser que c’est un peu facile, tout ça. Du coup, on s’ennuie gentillement, parfois agréablement surpris par une scène, parfois un peu déçu de voir que le film file droit vers un conformisme plein de bons sentiments. Un film qui aurait facilement pu pencher vers les folies de Gondry se retrouve à n’être qu’un gentil divertissement. Si les paysages font envie et que la gentillesse est toujours appréciée, on regrette un peu le manque d’audace dans l’histoire.

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