Steve Jobs

Pour un scénariste, l’exercice du biopic est délicat. On peut très vite tomber dans l’anecdotique, dans une énumération d’évènements, sans vraiment rien raconter de la personne sur laquelle on se penche. Ainsi, parfois, cela demande des choix radicaux, de compréhension du personnage d’une part, de soi-même de l’autre. C’est ce qu’à fait avec brio Aaron Sorkin, qui avait déjà écrit The Social Network, dans Steve Jobs, film sur le créateur d’Apple.

Attention, spoiler !

Si vous espérez comprendre d’où venait les idées incroyables de Steve Jobs, son génie de l’informatique, ou encore comment il a crée l’iMac, vous serez déçu. Steve Jobs était un être à part, c’est sur – mais ici, on nous le montre en coulisse, de manière inédite, sèche, énergique, lors de trois évènements concentrés, trois actes à des années d’intervalles, trois lancements de produits, quelques minutes avant que le rideau s’ouvre. De manière très théâtrale, Jobs rencontre, lors de ces événements, les personnages qui marque sa vie : son assistante, sa fille, son PDG, son associé de toujours… par son comportement, ses paroles, les quelques phrases éclairantes lâchées ici et là qui nous donne la profondeur d’un mal-être et nous sortent de la déshumanisation apparente du personnage, on se voit se dessiner un portrait fin et complexe de Jobs. Non content d’être virtuose au scénario, la réalisation de Danny Boyle et l’interprétation hors-norme de Michel Fassbender font de ce film un véritable tour de force – très intellectuel, certes, qui ne vous fera ni rire ni pleurer, et qui a quelques défauts tout de même – mais tellement inattendu et prenant le contrepied de tout le reste qu’il est, à mon avis, très réussi. A voir !

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A peine j’ouvre les yeux

Imaginez une ado comme les autres, qui vient d’avoir son bac, et qui veut faire de la musique et chanter avec son groupe. Mais voilà : leurs chansons sont contestataires, la jeune fille a une attitude qui dérange, se fichant des qu’en dira-t-on, et sa mère lui interdit de chanter. Rien d’extraordinaire, a priori, dans cette histoire… sauf qu’elle se passe de nos jours, en Tunisie, et qu’elle est joliment incarnée dans A peine j’ouvre les yeux.

Il y a un vent doux-amer de liberté et de fraicheur qui souffle sur le premier film de la réalisatrice tunisienne Leyla Bouzid. Avec A peine j’ouvre les yeux, dont elle a co-signé le scénario avec Marie-Sophie Chambon, on sent que la réalisatrice veut dresser un portrait d’une jeunesse de son pays, issu du printemps arabe, qui veut croire que tout est possible mais qui se heurte encore à bien des murs, bien plus violents qu’on ne l’imagine. A la fois teen-movie et récit d’émancipation fort, ce film vous laisse avec des chansons dans la tête et de véritable question sur la place de la femme dans certaine société. Une belle réussite.

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The Lobster

Dans le monde de The Lobster, on n’a pas le droit d’être célibataire. Quand on se retrouve tout seul, on est embarquer pour une retraite dans un hôtel où on a 45 jours pour trouver une nouvelle âme sœur. Si on échoue, alors on est transformé en animal. Sauf si, lors des chasses quotidiennes, on arrive à capturer un « solitaire » qui se cache dans la forêt. High Concept génial, me direz-vous ? Sur le papier, oui : l’idée est osée, l’univers grinçant, la critique de notre société moderne et de son individualisme poussée à bout. Mais un bon concept ne fait pas un bon film…

The Lobster s’amuse à pousser tous les curseurs pour marquer, peut-être, sa différence, son originalité. Le soucis, c’est que, comme souvent lorsqu’on ne fait pas attention quand on a de grandes ambitions, le spectateur est totalement laissé sur la brèche. D’une part car il est compliqué de s’identifier aux personnage, glissants comme du savon, notamment celui du héros (le personnage de Rachel Weisz est encore le plus réussi), d’essayer de comprendre leur acceptation et leur apathie – sentiments très peu humains face à l’injustice de ce système. D’autre part, le ton, que les dialogues débités de manière monotone donne dès le début, nous entraine dans une léthargie qui fait qu’on s’ennuie. Non pas qu’il ne se passe rien, mais tout se passe au même niveau d’intensité – du coup, il est compliqué de ressentir quoi que ce soit. Certes, c’est du génie, de réussir à nous abrutir comme le système social du film abruti les personnages, mais du coup, on ressort déçu du film, car le génie du cinéma consiste  avant tout à nous bouleverser d’une manière ou d’une autre. Là, on ressort aussi vif que des homards. La boucle est bouclée, certes, mais on se dit qu’on ne reverra tout de même pas le film une seconde fois.

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Spy

S’il fallait un film pour lancer l’ambiance légère, pas prise de tête et second degré dont doit s’habiller tout été qui se respecte, la comédie d’action Spy est à retenir parmi les plus sérieux candidats !

Parodie de films d’espionnages, ce film écrit et réalisé par Paul Feig (Mes Meilleurs Amies) raconte l’histoire de la gentille et discrète Susan Cooper, analyste à la CIA qui se retrouve sur le terrain pour les beaux yeux de l’espion qu’elle aimait… Porté par Melissa McCarthy, valeur montante de la comédie US, voilà un divertissement qui vous rafraichira de la canicule ! Sans être un chef d’œuvre, il s’agit surtout de ne pas se prendre au sérieux et de revoir avec toujours autant de plaisir Miranda Hart, la comédienne anglaise dont la sitcom Miranda est culte et nous manque terriblement.

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Mad Max : Fury Road

En ce moment, un film est sur toutes les lèvres. Non, ce n’est pas la comédie française de l’année, ni le blockbuster à superhéros du moment… il s’agit d’un film à part, comme la trilogie dont il est la suite. Mad Max : Fury Road reste un film comme on en voit pas beaucoup. Efficace autant dans l’histoire que dans le visuel, il repose surtout sur une chose essentielle, tendue tout du long : le second degré, et la volonté de faire tripper le spectateur.

Mad Max, c’est un homme qui erre dans un monde apocalyptique. Pas de chance, il se fait capturer dans les 30 1eres secondes par un clan de fou dirigé par un despote qui contrôle l’eau, l’essence et donc la population. On ne nous en dit pas plus : après tout, pour l’heure de courses de truck qui suit, pas besoin de comprendre plus que ça… un de ses généraux, une femme, se donne pour mission de ramener les jeunes femmes qui servent de poules pondeuses dans un paradis de verdure. Le dictateur, pas content, se lance à sa poursuite. Et c’est parti : avec force d’effets spéciaux, de combats dans les tempêtes de sable, de guitariste électrique attaché à un truck qui nous fait croire que la musique hard-rockeuse est en in, on suit le pauvre Mad Max qui se retrouve au milieu de ce bordel sans nom. On ne va pas se mentir : c’est tout de même assez jouissif, car à aucun moment on ne fait oublier le spectateur que tout cela n’est qu’un gros show à l’américaine, un peu comme le catch ou Las Vegas. On ne nous demande pas d’y croire : on nous demande seulement de se faire plaisir… et on e boude pas notre plaisir. On rit, on se moque, on hallucine du délire des plans et des décors, bref, on passe un bon moment. Pour un dimanche soir, on ne demande rien de plus à une séance de cinéma !

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Kingsman : the Secret Service

Rien ne vaut un bon vieux films d’espionnage… sauf peut-être un très bon nouveau film hommage aux films d’espionnage. Kingsman : The Secret Service en est un parfait exemple. Réalisé par Matthew Vaughn,  co-écrit avec Jane Goldman, les deux sont connus pour leur amour de la bande-dessiné et des supers héros (le duo est derriére Kick-Ass)… avec une bonne dose de seconde degré.

Pour l’anglais lambda, Kingsman, c’est un tailleur. Mais le jeune Eggsy découvre, lorsqu’il se fait recruter par « Galahad »,qu’il s’agit d’un service très secret indépendant qui se prend pour l’organisation des chevaliers de la table ronde. Galahad, c’est Colin Firth, génialissime, apportant au film ce qu’il faut de subtilité, d’humour et d’un WTF anglais qui fait mouche. Pour le reste, il s’agit surtout de références à tout va à JB (James Bond, Jason Bourne, Jack Bauer, faites votre choix), d’un méchant complétement parodique, de scènes de violence jouissives… bref, d’un divertissement second degrés, comme si Tarantino était devenu anglais. Classique, mais efficacité maximum.

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Into the Woods

Rob Marshall n’en n’est pas à sa première comédie musicale. Après avoir touché au jazz dans Chicago et à Fellini dans Nine, il se frotte désormais aux contes de fée avec la superproduction Into the Woods, produite par Disney. Avec plus ou moins de bonheur..

Les bois sont le lieux de toutes les peurs et de toutes les fantaisies. C’est un lieux où l’imagination prend le dessus… et le lieux où se retrouvent tous les contes de fées. Ainsi, le boulanger et sa femme, Raiponce, la sorcière, Cendrillon, le petit chaperon rouge, Jack et ses haricots, se croisent dans les bois et viennent interférer avec les histoires des autres. Non seulement les contes sont détournés, mais on se rend également compte que, finalement, tous ces héros sont aussi égoïstes et beaucoup moins nobles que prévu… jusqu’à ce qu’en fait, tout semble bien se finir. Mais ce n’est qu’une apparence, bien sûr, il fallait bien que le happy end soit décalé aussi, rappelant alors les fins des contes originaux.

Seulement voilà : à force de rallonger les péripéties pour donner son bout d’histoire à tout le monde, Into The Woods se perd dans ses propres ramifications. La partition de Stephen Sondheim semble parfois un peu rayé et noter intérêt finit par s’évaporer. Le casting 3 étoiles semblent parfois cabotiner plus qu’autre chose (Johnny Depp en est le parfait exemple). Bien sûr, la production est à des moments impressionnantes, certains moments sont plus touchants qu’on ne le pense (la dernière chanson d’Emily Blunt). Mais franchement, le grand spectacle arrive vite à ses limites et on ressort en s’étant gentiment ennuyé.

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Imitation Game

Film très attendu depuis qu’il a été annoncé et grand favoris des Oscars, The Imitation Game  est le genre de film évènement répondant à beaucoup de codes de la machine à remporter des prix: biographiques, avec apparemment un propos à défendre et un casting **** à commencer par son héros, Benedict Cumberbatch. Mais on ne peut s’empêcher de se demander si la réussite de cette catégorie de long-métrage n’est pas aussi dans la survente… et bien, un peu, mais pas tant que ça, en ce qui concerne l’histoire de d’Alan Turing.

Pour ceux qui ne le connaissent pas, Alan Turing était un génie anglais qui œuvra pendant la seconde guerre mondiale à créer une machine qui déchiffra les codes cryptés des allemands, réputés indéchiffrables. Mais voilà : en plus d’avoir les  problèmes de sociabilités et de relations humaines propres à tous les génies touchés par une forme d’autisme, Turing était homosexuel. Si le film se déroule avec une mise en scène assez classique et un récit assez efficace, si on est en empathie totale avec Alan – qui ne s’est jamais senti seul, incompris, mis de côté ? – quelque chose pêche dans le film. La thématique qu’un film est censé porté est ici double, et du coup, fausse la lecture du spectateur. On nous parle à  la fois des difficultés que cela représente d’être un génie, d’être toujours en marge de la société,… mais de se battre pour quelque chose dans lequel on croit car c’est ce qu’il faut faire ET des problèmes auxquels les homosexuels ont dû faire face, condamnation et répression policière, au cours du XXe siècle. Ce n’est pas tout à fait la même chose et cela ne nous atteint pas tout à fait de la même manière. Heureusement, les deux propos ne sont pas incompatible, mais du coup, on a l’impression de se balancer sur deux pieds qui ne sont pas tout à fait à la même hauteur et c’est un peu inconfortable… et du coup, on ne va pas tout à fait au fond des choses. Si le film est tout de même un divertissement efficace, calibré bonne pâte d’Hollywood, on regrette qu’il ne s’échappe pas des carcans pour traiter son vrai sujet… encore faut-il qu’il fut arrivé à le choisir.

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Whiplash

« Jusqu’où doit-on pousser un élève pour qu’il atteigne l’excellence ? » Voilà qui semble être la question de fond du film Whiplash, premier long-métrage de l’américain Damien Chazelle. L’histoire prenante et dure d’un jeune batteur qui intègre un conservatoire haute gamme et rencontre un chef d’orchestre exigeant au-delà du raisonnable.

On ne peut que se reconnaitre à un moment dans le parcours du jeune Andrew (Milles Teller). On a tous fait face à un prof ou un mentor qui exigeait le meilleur de nous-même ou un dépassement de soi. Mais Whiplash pousse les curseurs à l’extrême : le prof, excellent J.K. Simons, est sadique et abusif parce qu’il est persuadé que c’est comme ça qu’il fera naître le prochain surdoué du jazz. Cette folie, peu d’élèves la supporte, et Andrew y répond de manière aussi malsaine, donnant à l’ensemble une complexité forte. Les personnages sont très bien caractérisés et interprétés, avec ce duel en exergue. Les scènes musicales sont superbement mise en scène, sans hésitation. Le seul questionnement sur le film se situe dans les dernières secondes : quel est vraiment le message que le réalisateur veut faire passer ? Ce dernier regard, entre les deux personnages, que signifie-t-il ?  En réalité, ce film doit plutôt nous poser la question des séquelles qu’un prof abusif peut laisser sur un élève, et surtout s’il n’y a pas d’autres moyens de faire naitre le génie plutôt que de le lire comme une apologie de l’abus… même si le doute plane sur la position de Chazelle et terni un peu l’image du film, par ailleurs très réussi.

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Top 10 Cinéma 2014

Il est arrivé, le joyeux temps des bilans de fin d’année ! Cette semaine, dernière avant la trêve de Noël, sera comme la tradition le veut un petit récapitulatif de ce que j’ai vu de mieux sur les écrans cette année. Bien sûr, ceci est un classement complétement subjectif, hein !

Cette année cinéma aura été un petit peu plus foisonnante que l’année dernière, ayant repris avec plaisir le chemin des salles plus souvent. Mais je ferais encore mieux l’année prochaine ! En attendant, je n’ai pas eu trop de mal à trouver un top 10…

Her : Si je place le film de Spike Jonze en première position, c’est tout simplement parce que cette histoire d’amour entre un homme très seul et une intelligence artificielle est belle, juste, émouvante et raconte beaucoup de choses sur notre société actuelle.

Grand Budapest Hotel : Wes Anderson nous a présenté un très bon cru cette année, l’histoire fantaisiste, drôle et ancré dans le son style d’un hôtel au fin fond de l’Europe de l’Est, de son propriétaire et son valet.

Twelve Years a Slave : s’il est distingué comme un film 2013 par les américains, le dernier film de Steve Mc Queen a une place dans mon classement – une superbe fresque sur l’esclavage, un film hollywoodien presque classique et très réussi.

Boyhood : en faisant ce top, je me suis rendue compte avec horreur que je n’avais pas fait de note sur Boyhood ! Pourtant, ce film qui retrace la vie d’un garçon de l’enfance à la sortie de l’adolescence, tourné pendant 12 ans en suivant les comédiens alors qu’ils grandissent, est une tranche de vie très réussie, on a l’impression de voir grandir un ami ou parfois nous-même.

Mommy : Le film de Xavier Dolan a démocratisé le réalisateur à juste titre. Le film est bruyant, dérageant, plein d’énergie, puissant, bref, c’est la marque d’un style qui bouscule le cinéma et qui fait du bien.

Insterstellar : le blockbuster de l’espace de l’année est une sacrée réussite visuelle mais aussi, malgré les quelques défauts, d’une belle histoire de connexion entre l’espace, le temps et la gravité, et le futur de l’Homme.

Lego movie : c’est le film d’animation de l’année. C’est fun, joyeux, bourrés de références, avec des personnages bien loufoques, bref, c’est légo et c’est Awesome !

Maps to the Stars : j’ai un peu hésité à mettre le dernier Cronenberg dans ce top 10, mais je garde un souvenir fort de ma séance de cinéma, plongée dans les méandres des déviances d’Hollywood – sujet certes pas très original mais traité à l’extrême.

Wish I was here : dans la série des retours attendus, Zach Braff a mis du temps à nous livrer son dernier film, très autobiographique, à la fois facile mais très touchant, décalé et drôle, qui mérite d’être mis en avant.

Les Combattants : il fallait bien qu’il y a un film français ! Je me suis décidé pour ce petit film de Thomas Cailley, une histoire d’amour par comme les autres, justement menée, la révélation de plusieurs talents.

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