Foxcatcher

Je ne vais pas assez souvent au cinéma, malheureusement, pour faire l’impasse sur une note de blog, même si je n’aime pas donner mon avis quand celui-ci est négatif. Mais ce film ne passant pas inaperçu, je me sens bien obligé de le dire : je me suis ennuyée devant Foxcatcher.

Pourtant, je n’avais aucun apriori sur le sujet. J’avais beaucoup aimé The Fighter, à l’époque (oui, c’est de la boxe mais c’est un peu pareil). J’adore les romans de John Irving, et on sait que la lutte, c’est son truc. Non, je ne crois pas que ce soit le décor qui m’ait laissé de côté. Tout simplement, je n’ai ressenti ni empathie ni émotion pour les personnages. Je n’irais pas jusqu’à dire que le film est mauvais, car on ne peut nier qu’il est très bien réalisé. Mais elle enfonce le côté hermétique des personnages, notamment du lutteur Dave Schultz (Channing Tantum) et du milliardaire qui se prend de l’entrainer, John E. Du Pont (Steve Carell). Engoncés dans leurs névroses et leurs folies, ils ne sont jamais touchants. Le côté tragédie grecque et huit clos du domaine de Du Pont n’aide pas à nous embarquer. Vu le succès du film dans les Festivals (prix de la mise en scène à Cannes) et ses nombreuses nominations aux Oscars, je ne doute pas que je dois être passée à côté d’un truc. On voit l’intention artistique. Mais je suis ressortie de la salle en pensant que je n’avais pas du tout compris les personnages, et pour moi, au cinéma, il n’y a rien de pire.

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Le Congrès

Ari Folman nous avait déjà secoué avec son premier film en animation, Valse avec Bachir. Il a présenté cette année au festival de Cannes son dernier long-métrage, Le Congrès. Encore une fois, c’est un objet unique que nous présente le réalisateur Israélien, une fable futuriste touchante et osée.

Robin Wright joue son propre rôle… ou presque. Actrice qui ne tourne plus, mère qui a peur pour son fils atteint d’un syndrome grave, son studio lui fait une proposition terrible qu’elle ne semble pas pouvoir refuser. La technologie rend le cinéma obsolète à tel point qu’on peut désormais scanner les acteurs et les animer, permettant à ces derniers de prendre des vacances à vie. Dans une très belle première partie en prise de vue réelle, on assiste avec émotion à cette reddition. Puis on se retrouve quelques années dans le futur, où la technologie a fait un bon en avant : une substance permet aux hommes de se projeter dans un monde en animation. Folman y entraîne son actrice qui va assister à un Congrès pendant lequel sa vie va basculer et se perdre dans les méandres de l’âme et de l’imagination humaine. Car si on a l’impression de perdre pied dans l’histoire au profit d’un visuel magnifique, ce n’est pas le cas : la quête de l’être aimé, la question des choix est toujours présente, dans le monde réel ou dans l’imaginaire, métaphoriquement. Certes, cette partie qui semble parfois avoir été écrite sous acide risque de perdre quelques spectateurs au passage, mais ce mélange de rêve, de recherche constante, d’envie et d’amour m’a paru terriblement humain et surtout assez intelligent. J’ai été conquise devant ce très beau film.

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Le Passé

La cuvée cannoise 2013 commence sous de bons augures. Cette semaine est sorti dans les salles en même temps que sa projection au Festival le dernier film d’Asghar Far­hadi, Le Passé. Drame surprenant et fort, ce long-métrage nous embarque au cœur d’un triangle de personnages à l’heure des révélations.

Bérénice Bejo incarne magnifiquement Marianne, française qui fait revenir de Téhéran son ex-mari (l’inconnu et délicat Ali Mosaffa) pour qu’il signe les papiers du divorce afin qu’elle puisse se remarier avec son nouveau mec (Tahar Rahim). Ce dernier est cependant toujours marié, sa femme étant dans le coma depuis des mois à la suite d’une tentative de suicide. Le récit, qui s’étale sur quelques heures, quelques jours, condensé mais pleins de rebondissements, va nous faire découvrir les raisons du geste de cette femme, présence qu’on ne voit jamais mais dont l’acte a des conséquences sur tous les personnages. On s’étonne, au début, de la simplicité de ce qu’on nous présente, mais très vite la très belle réalisation nous embarque dans le noeud des relations entre une mère qui se cherche, le poids de la culpabilité d’une fille, le retour du mari et les confrontations, les silences. C’est un film très fin, quoi qu’un peu long, que le réalisateur iranien nous livre. Un beau film qui ferait, ma foi, une bonne palme d’or.

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Dans la Maison

Un nouveau film de François Ozon, c’est un peu comme un bonbon dont on refuse de nous dévoiler le goût avant. Les genres changent à chaque fois, les histoires ne se ressemblent pas, chaque cru laisse une sensation différente en bouche. Avec Dans La Maison, au parfum de thriller littéraire, Ozon nous offre une assez bonne pioche.

Un professeur de français, le genre de rôle qui colle à la peau de Fabrice Luchini, désespère de sa nouvelle classe de seconde, sauf d’un de ses « apprenants » : le jeune Claude, dont le talent le surprend lorsqu’à la première rédaction de l’année, celui-ci termine son étrange visite chez un de ses camarades par un « à suivre ». Le maître décide alors d’expliquer les règles de la dramaturgie au talent brut, alors qu’il devient accro au récit que Claude lui livre presque quotidiennement. Luchini et sa femme (Kristin Scott Thomas) commentent cette histoire qui s’invite peu à peu dans leur propre vie. Jusqu’où sont-ils prêt à aller pour que ça continue ? Très vite, les frontières entre le vrai et le fictionné se mélangent, on se demande qui manipule qui, pour rapidement se rendre compte que c’est bien sûr le cinéaste qui manipule le spectateur, mais également le spectateur qui comprend selon ses propres règles et envies. A la fois drôle et noir, ironique mais posant quelques intéressantes question sur la fiction et sur son éducation, Dans la Maison invite en tout cas chacun à se laisser aller à l’imagination et à la création – aussi malsaine qu’elle puisse être. Lorsqu’il s’agit de notre métier, on prend plaisir à voir Ozon disséquer la chose, à créer des jeux de miroirs entre celui qui écrit, ce qu’il raconte et comment il le revit à la lecture. Bien sûr, il ne faut pas s’attendre à de grandes scènes de fièvre, ni à tomber amoureux d’un personnage ou d’être en empathie avec quiconque : ce ne sont que des marionnettes qui se croient marionnettistes. Les références à Flaubert donnent d’ailleurs le ton. Ainsi, lorsque l’écriture ne nous parle pas, on peut trouver le film seulement bizarre et ennuyeux. Mais il suffit de se laisser prendre au jeu pour en apprécier la partie.

Camille Redouble VS Cherchez Hortense

Cette rentrée cinéma fut, si on la compare à la rentrée série, très tardive et peu active. Cependant, il était temps de s’y remettre, et je me suis studieusement penchée sur deux films français, Cherchez Hortense de Pascal Bonitzer et Camille Redouble de Noémie Lvovsky. Deux comédies certes, mais deux mondes complètement différents, deux cinémas qu’un océan sépare, l’un m’étant plus agréable que l’autre.

D’un côté, nous sommes à la capitale, dans une famille assez fichée cinéma parisien, un couple artistico-professoral aisé qu’incarnent Jean-Pierre Bacri et Krstine Scott Thomas. C’est autour du personnage d’un Bacri plus doux que d’habitude que le film tourne, un quarantenaire bien sûr paumé, qui n’arrive pas à affronter son père (formidable Claude Rich), tente d’élever son fils et de retrouver un peu d’amour. Le problème, ici, si on oublie quelques grosses facilités scénaristiques peu crédibles, c’est que je ne me suis identifiée à aucun personnage. Certes, il y a des scènes drôles, quelques passages sympathiques. Mais le reste du temps, on navigue dans des états d’esprits trop peu profonds pour être intéressant. On reste un peu entre deux eaux, parfois irrité, parfois amusé. Je ne me suis pas ennuyée mais j’ai rarement trouvé prétexte à m’enthousiasmer.

Par contre, devant Camille Redouble, c’est une toute autre histoire. Noémie Lvovsky campe Camille, quarantenaire alcoolique en train de divorcer qui se retrouve, à la suite d’un réveillon trop arrosé, projetée dans son passé, quelques jours avant son 16e anniversaire. Le film, comédie poétique et rock’n roll, traite du décalage entre la vie banale d’une ado et l’expérience magique de la vivre à travers les yeux d’une adulte : profiter des plus petits évènements de la vie, sachant qu’ils vont vite se finir. Ce qui est appréciable, c’est non seulement de retourner en adolescence, très bien reconstruite, mais surtout le fait qu’il n’y ai pas besoin d’effet spéciaux, de changement de comédien, juste d’une coupe de cheveux un peu différente et d’habits rétro. Je dirais même plus qu’on s’y identifie plus qu’aux jeunes d’aujourd’hui… Les acteurs (Samir Guesni, Yolande Moreau, Judith Chemla,…) semblent y prendre du plaisir, Lvovsky y met toute sa finesse. Certes, ce n’est pas un film révolutionnaire ou très original, mais un très beau moment d’où l’on ressort avec l’envie de profiter de l’innocence encore un peu.

Adieu Berthes

Les frères Podalydés sont des chouchous du cinéma français. Leurs films font toujours mouche, chroniques d’une certaine vie française un peu loufoque et décalée. Depuis Liberté-Oléron, ils sont également dans mes favoris, car ils touchent certainement un petit grain de folie auquel je suis sensible.

Leur dernier film, Adieu Berthe ou l’enterrement de Mémé, traite bien sûr de la famille, un de leur sujet favoris, mais également du deuil, toujours sur le ton de la comédie douce-amère. On suit ainsi Armand, magicien mais d’abord pharmacien, entre femme et amante, essayant de se souvenir de mémé, de Berthe qui est morte comme ça, pouf, et qu’on avait un peu oublié. Il s’agit alors d’organiser les obsèques, ce qui n’est pas de tout repos dans ce quotidien un peu absurde.
Dans ce film, il est question de magie, la magie qui fait tenir les personnages et les relations dans des situations folkloriques ou émouvantes. Les acteurs s’en donnent à cœur joie avec des dialogues où l’on joue avec les mots et où l’on alterne vocabulaire enlevé ou franchement vulgaire. Les frères Podalydés (Bruno en le réalisateur et Denis l’acteur principal) ont écrit ce film à quatre mains pour en faire un hommage poétique aux personnes qui disparaissent sans laisser de traces marquantes mais que la redécouverte entraîne vers une réflexion sur soi. Bien qu’on ne nous donne pas toutes les clés, il ne s’agit pas là de faire un film facile mais bien un film d’illusion élégante, d’un coquelicot suspendu dans le vide pour un petit temps de sourire.

Et la palme est attribuée à…

La semaine spéciale Cannes s’est avérée un peu plus occupée que prévue… mais je vous donne quand même le palmarès de cette nouvelle édition :

– La Palme d’or est attribuée au film « Amour » de l’Autrichien Michael Haneke. C’est la deuxième fois qu’il obtient cette récompense. La première était en 2009 pour « Le ruban blanc ».

-Le Grand prix du Festival est attribué au film « Reality » de l’Italien Matteo Garrone.Celui-ci avait eu le même prix en 2008 pour Gomorra.

-Le Prix d’interprétation féminine est conjointement remis à Cosmina Startan et Cristina Flutur pour Au delà des Collines.

-C’est l’acteur suédois Mads Mikkelsen qui réçoit le Prix d’interprétation masc uline pour son rôle d’un homme accusé à tort de pédophilie dans le film de Thomas Vinterberg, « La chasse »

-Le Prix de la mise en scène est attribué à «  Post tenebras lux » du mexicain Carlos Reygada

-Le Prix du scénario revient à « Au delà des Collines » de Cristian Mungiu, qui avait reçu la palme d’or en 2007.

– Le Prix du jury est attribué au film « La part des anges », de Ken LoachEn 2006, le réalisateur britannique avait reçu la Palme d’Or pour « Le vent se lève ».

-Le Prix de la Caméra d’Or est attribué au film « Les bêtes du sud sauvage », de Benh Zeitlin.

– Le meilleur Court-métrage est attribué à Sessiz Be-Deng, réalisé par le turc L.Rezan Yesilbas.