Bloodline

On ne peut pas nier que Netflix adopte un rythme assez soutenu dans la sortie de nouvelles séries originales. Et non content d’être dans la quantité, la plateforme de VOD nous surprend en étant souvent dans la qualité. C’est le cas avec sa dernière née, le drame familial Bloodline.

Une réunion de famille dans les Keys, aux Etats-Unis. Entre soleil et la menace constante d’une tempête, la chaleur et le vent, les Rayburn se réunissent. Dés le départ, les tensions entre les quatre enfants sont mis en exergue, notamment avec l’ainé, le mouton noir ou le fils prodige, c’est selon. Plus l’épisode pilote avance, plus on comprend que tout cela va très mal tourner… Les créateurs, à qui l’ont doit la série Damages (Todd A. Kessler, Glenn Kessler et Daniel Zelman), semblent avoir tissé une histoire fratricide frisant la tragédie grecque. Quoi qu’il en soit, l’ambiance lourde et les non-dits nous attirent comme un aimant, le casting impeccable (surtout Kyle Chandler) donne du corps à un récit tout en lenteur, bref, le pilote est une belle promesse de ce qui nous attend par la suite.

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Unbreakable Kimmy Schmidt

Depuis la fin de 30 Rocks, on se dépérissait de l’humour de la comédienne et scénariste Tina Fey, humour décalé, parfois incompréhensible, mais faisant mouche malgré tout. Sa nouvelle série était donc attendue au tournant, surtout quand on a appris qu’elle serait un produit Netflix. Alors, que vaut Unbreakable Kimmy Schmidt ?

Il faut dire que le concept était alléchant : une femme, la fameuse Kimmy, est sauvée d’une secte qui l’avait enfermée dans un bunker pendant 15 ans. Au lieu de retourner vivre dans son Ohio, elle décide de tenter la grande vie à New-York, avec un optimisme à toute épreuve. Elle se trouve un colocataire  exotique et devient la nounou de deux enfants d’une riche new-yorkaise superficielle. Cette sitcom, car s’en est une, tourne autour des petites aventures quotidienne de Kimmy. Si le personnage est touchant de par ses côtés Liz Lemon, si on retrouve avec plaisir Jane Krakowski dans un rôle très proche de celui de Jenna Maroney, on est malheureusement encore loin du délire de 30 Rocks. Au bout de quelques épisodes visionnés, pas encore de franc éclat de rire, ni de coup de cœur. C’est plaisant, certes, mais on aurait aimé que le concept aille encore plus loin, quitte à faire de Kimmy quelqu’un d’un peu plus paumé, décalé, bizarre,… là, finalement, le fait que ce soit une « mole woman » (une femme taupe, du bunker), n’a qu’un effet très relatif : elle aurait pu être la même si elle avait juste vécu dans une campagne très reculée. On est loin des heures de gloire de Fey, mais on est tout de même en bonne voie.

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Marco Polo

Juste avant la fin de l’année, Netflix, chaîne de VOD arrivée depuis quelques mois en France, a voulu frappé fort avec une nouvelle série inédite de son cru. Cette série, historique, à énorme budget, était annoncée comme le nouveau Game of Thrones. Si Marco Polo est finalement loin de la série HBO, elle n’est pas sans mérites.

Qui n’a jamais entendu le nom du fameux explorateur italien du XIIIe siècle ? La série se concentre sur les jeunes années de Marco, alors que celui-ci était laissé par son père à la cour mongole de Kublai Khan, petit-fils de Gengis, réunificateur de la Chine. Tout un programme auquel assiste Marco Polo tout en apprenant la vie à l’asiatique. Si la série réussit assez bien à esquisser le personnage de Kublai et se plonge avec délectation dans les méandres de la politique du Khan et de ses ennemis, plus rien ne devient bien crédible quand il s’agit des agissements de Marco, de ses amourettes avec les princesses et filles de générales… c’est vraiment là que le bas blesse : la série passe à côté de son personnage principal. C’est dommage, car le reste est très intéressant et ravira les amateurs du genre, comme moi, malgré quelques clichés un peu dérangeant (le personnage du maître kung-fu par exemple). De plus, les décors sont magnifiques, avec un tel budget, ce n’est pas étonnant. La série, que l’on dit crée par Netflix pour s’ouvrir à l’orient, a déjà une saison  en route. Pas de révolution, donc, mais du bon divertissement quand même.

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Orange is the new black

En début d’année, le site de vidéo à la demande américain Netflix avait fait parlé de lui en proposant l’excellente série House of Cards aux internautes, tous les épisodes d’un coup. On savait que ce n’était qu’un début, mais la chaîne qu’on surnomme déjà le « nouvel HBO » transforme l’essai avec sa nouvelle création, la comédie dramatique Orange is The New Black.

Nos actions ont des conséquences, même dix ans après. Voilà ce que Piper apprend à ses dépends, et pour cause : elle se retrouve en prison pour avoir transporter une fois de l’argent sale quelques années plus tôt. Une petite blonde honnête, équilibrée, normale, qui se retrouve dans l’univers carcéral ? Forcément, il y a choc des cultures. Mais Jenji Kohan, la créatrice de la série a qui l’on doit Weeds, prend le parti d’un humour tendre envers ses nombreux personnages féminins, à commencer par celui de Piper, donc. La pauvre a les nerfs rapidement mis à rude épreuve ! Mais cela ne se fait pas au mépris du fond : les thèmes abordés sont parfois durs, cela reste la prison, la violence, l’enfermement… Heureusement, ils sont traités avec intelligence et finesse, portés par des personnages hauts en couleur qui s’éloignent vite des stéréotypes auxquels on peut s’attendre. Le pilote, qui se concentre sur Piper, offre un style et un naturel qui nous donne envie d’y revenir. Cela tombe bien, encore une fois, tous les épisodes sont disponibles d’un coup. La qualité Netflix est au rendez-vous, et on a hâte de voir ce qu’il prépare pour la suite.

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House of Cards

La frontière entre le monde de la fiction au cinéma et à la télévision semble vouloir s’atténuer. De grands réalisateurs américains se sont dernièrement essayés au pilot de série : Scorsese avec Boardwalk Empire, Gus Van Sant avec Boss. C’est au tour du grand David Fincher (Seven, Fight Club, The Social Network, Millenium) de réaliser une saison entière de la première fiction de la société de VOD Netflix.

Écrite par Beau Willimon, cette série est l’adaptation d’une mini-série de la BBC de 1990. House Of Cards se déroule à Washington, dans les couloirs de la politique américaine, qu’il vaut mieux bien maitriser pour comprendre les enjeux et les drames qui s’y déroulent. Et quels enjeux !  Franck Underwood (Kevin Spacey), un membre du Congrès  très puissant, croit que le président fraichement réélu va le nommer au prestigieux poste de secrétaire d’État (ministre des affaires étrangères chez nous). Mais le président n’honore pas sa promesse, et Underwood décide alors de tout faire pour reconquérir le terrain perdu en influant en sous-main sur la politique du gouvernement, et éliminer ses adversaires un par un en jouant avec eux. Nous voilà alors plongé dans un monde politique cynique et noir, avec un arrière goût de triller, porté par l’égo blessé d’un homme. Des intrigues shakespearienne très bien menées et transformées par la réalisation de Fincher.

House of Cards était surtout attendue pour le style Fincher, et elle est largement à la hauteur. Que ce soit dans le traitement de la psychologie des personnages ou dans les choix de cadre et de rythme, c’est une série à part que le réalisateur nous présente. Il captive en évitant les gros plans habituels, en se concentrant sur le mouvement et sur les adresses face caméra de son personnage principale. Car c’est par la mise en scène qu’il nous montre comment fonctionne ses personnages, comment ils pensent, ce qu’ils planifient. Bien sûr, le casting se révèle très juste et très fort : Robin Wright en femme d’homme de pouvoir est froide et flippante, Kate Mara (soeur de Rooney) énervante comme il faut. Certes, il y a justement un côté un peu froid et mécanique qui pourront peu-être en rebuté quelques-uns, mais on ne s’ennuie pas une seconde pour autant, tant on est impressionné. Une série qui marquera sans doute l’histoire sériphile.

Il faut enfin savoir que la seconde petite révolution de House of Cards vient de son mode de diffusion. En effet, elle n’a pas été classiquement diffusé au rythme d’un épisode par semaine sur une chaîne télé : c’est Netflix, fournisseur à la demande de contenus sur internet en streaming (VOD payante) qui a mis en ligne les treize épisodes de la première saison d’un coup. On peut alors acheter tout et les regarder à son rythme, une première. La série sera diffusée en France sur Canal+.

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