UnREAL

C’est toujours un peu frustrant, quand on est scénariste, de voir une de nos idées portée à l’écran avant d’avoir eu le temps de l’écrire nous même – ou de la vendre. Mais c’est toujours rassurant de se rendre compte que la personne qui l’a fait à votre place, l’a bien fait… c’est ce qui m’arrive avec la série américaine UnREAL.

On sait très bien que la télé-réalité n’est pas vraiment « réelle » : certaines choses sont scénarisées, les candidats ne sont pas si enfermés que ça, ils ont des contacts avec l’extérieur, ils voient des psy,… Essayer de comprendre les rouages d’un divertissement de voyeur où le but est plus que jamais de faire un maximum d’audience en renvoyant à la face des spectateurs toute la bassesse de l’âme humaine est assez passionnant. Dans UnREAL, il s’agit d’une télé-réalité à la The Bachelor.  La productrice, le patron, tous les assistants n’ont qu’un but : tourner des images qu’ils pourront exploiter au montage, manipuler les candidates. Les personnages sont à la fois touchants mais aussi fourbes et retords, et malgré quelques gros sabots et clichés, il y a du suspens, on est accroché et intrigué à la fin de ce pilote qui présente un soap noir et caustique… voilà une parfaite série pour accompagnée l’été !

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Sense8

Nous sommes tous reliés les uns aux autres, que nous le voulions ou non. Influencés par ce que les autres disent, aiment, ressentent, leurs émotions, leurs sensibilités, leurs goûts, leurs touchés… Cette connexion, Lana et Andy Wachowski l’ont poussé à l’extrême dans leur première série, Sense8, diffusé sur Netflix. Et ils ne font pas les choses à moitié…

8 personnes différentes un peu partout dans le monde. Tous jeunes, beaux, mais différents : une DJ islandaise à Londres, un chauffeur de bus Kenyan, une businesswoman au japon,… gay, bi, tradi, voleur, gentils, méchants (mais pas trop quand même), ces huit personnages se réveillent un jour un peu différents, sous le coup d’une vision, celle d’une grande femme blonde. Ils ignorent encore qu’ils viennent de se fondre l’un dans l’autre, de se connecter à une nouvelle échelle, une nouvelle dimension. En voilà, un sujet de série foisonnant, un peu fou, voire même délirant ! Pourtant, c’est dans la lignée du cinéma des Wachowski, qui avaient abordé ces thèmes dans Cloud Atlas. Ici, ils ont 12 épisodes pour dérouler les fils, et prennent leur temps : il faut installer tous les personnages, qui ils sont, leur problématique, tout en les mêlant l’un à l’autre. Le résultat est de très bonne facture. Outre le côté technique brillant (casting, réalisation,…), c’est surtout du super divertissement. Ça part dans tous les sens mais on s’en fiche, on aime un personnage, puis l’autre, on s’attache, on a envie de savoir, bien que certains parcours ne soient pas des plus originaux et que les questions humaines, politiques ou philosophiques peuvent paraître bateau ou de la simple vulgarisation, bien que ce soit souvent too much, c’est scotchant. De la coolitude incarnée. Et plus on avance dans les épisodes, plus les pièces du puzzle se mettent en place, et moins on a envie de décrocher. C’est bien la première fois que la tentation du binge watching est si forte, au risque de s’en faire exploser  les neurones. Bref, si vous accrochez au pilote, vous êtes partis pour une belle aventure !

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Bloodline

On ne peut pas nier que Netflix adopte un rythme assez soutenu dans la sortie de nouvelles séries originales. Et non content d’être dans la quantité, la plateforme de VOD nous surprend en étant souvent dans la qualité. C’est le cas avec sa dernière née, le drame familial Bloodline.

Une réunion de famille dans les Keys, aux Etats-Unis. Entre soleil et la menace constante d’une tempête, la chaleur et le vent, les Rayburn se réunissent. Dés le départ, les tensions entre les quatre enfants sont mis en exergue, notamment avec l’ainé, le mouton noir ou le fils prodige, c’est selon. Plus l’épisode pilote avance, plus on comprend que tout cela va très mal tourner… Les créateurs, à qui l’ont doit la série Damages (Todd A. Kessler, Glenn Kessler et Daniel Zelman), semblent avoir tissé une histoire fratricide frisant la tragédie grecque. Quoi qu’il en soit, l’ambiance lourde et les non-dits nous attirent comme un aimant, le casting impeccable (surtout Kyle Chandler) donne du corps à un récit tout en lenteur, bref, le pilote est une belle promesse de ce qui nous attend par la suite.

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Togetherness VS Transparent

Deux titres de nouvelles séries « dramédies » reviennent beaucoup dans le monde de la sériphilie en ce moment. L’une, Togetherness, vient de débuter sur HBO. L’autre, Transparent, est signée Amazon, a déjà récolté quelques Golden Globes. Mise à part leur format, le 30′, et leur genre, qu’y a-t-il en commun entre ces deux séries ? Un nom : Duplass. Mais d’après leur pilote, est-ce tout ?

Mark et Jay Duplass sont les créateurs de Togetherness, série douce amère qui raconte l’histoire d’un couple avec enfant qui semble s’effriter alors que lui récupère son meilleur ami en piteux état et qu’elle accueille sa soeur paumée. Une famille recomposée, en quelques sortes, qui essaie de se sortir d’une mélancolie du quotidien, de tenir bon malgré les déceptions de l’existence. Car c’est bien de cela qu’il s’agit ici : du quotidien et du vivre ensemble. Assez plaisant, léger mais identifiant, Togetherness a des airs de cinéma indépendant américain. Alors que Mark Duplass incarne un des héros de cette série, son frère, Jay, joue dans Transparent.

Mais le lien s’arrête-t-il là ? A première vue, dans Transparent, on est dans un autre monde : un LA huppé, une classe sociale qui n’est pas tout à fait la même… pourtant, là aussi on est dans une famille dysfonctionnelle. Un frère, ses deux soeurs, tous adultes et ayant tous, d’une certaine manière, loupés quelque chose dans leur vie, et s’en mordant les doigts. Mais là, on va au-delà du quotidien : c’est un bouleversement qui se passe dans cette famille quand ils découvrent que leur père est un travesti. Crée par une femme, Jill Soloway, qui a signé quelques épisodes de Six Feet Under, on y retrouve une touche forte d’une tristesse et d’une recherche d’autre chose. Message et atmosphère différents, mais une même curiosité à la découverte du premier épisode : ces deux séries sont en tout cas à découvrir !

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Galavant

La nouvelle année série commence sur les chapeaux de roue. Alors que beaucoup de mes séries favorites reprennent pour une saison de plus, les petits nouveaux viennent se faire une place au soleil sans trop de difficultés. C’est le cas de Galavant, série comédie et musicale d’ABC.

Je vous entends d’ici : les comédies musicales, c’est pas votre truc. Mais je vous jure que Galavant peut le devenir, pour la bonne raison qu’il ne faut pas penser Broadway mais plutôt… Monty Phyton et Mel Brooks ! En effet, Galavant, c’est une parodie de l’histoire médiévale du beau chevalier et de sa princesse, un coup d’ironie sur le « happily ever after ». Après tout, la belle n’est pas censée se marier de son plein gré au méchant pour l’argent, ni le chevalier finir alcoolique ! C’est un peu n’importe quoi, mais c’est drôle et exécuté avec des chansons pleines d’entrain. Sous une plume Disney, celle de Dan Fogelman (à qui l’on doit Cars ou Tangled), les personnages décalés sont cruels ou losers, souvent les deux. Le charme opère gentiment et on se retrouve à apprécier les clins d’oeils, références et libertés prises.

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Gotham

Les américains ont le chic pour exploiter une franchise jusqu’au bout des ongles. Les comics sont en ce moment particulièrement visés, non seulement au cinéma mais aussi à la télévision. C’est la chaîne FOX qui a eu l’idée de faire un spin-off de Batman autour de la jeunesse du garçon et surtout de l’inspecteur James Gordon. Avec le showrunner Bruno Heller à la barre (l’un des créateurs de Rome), on nous emmène dans les rues sales de Gotham et les coulisses du crime organisé.

Même pour un néophyte de la mythologie batmanienne, on se rend compte que Gotham est vite pavée des personnages habituels de la bande-dessinée. On commence par la future catwoman, pour enchainer sur le petit Bruce Wayne qui assiste à l’assassinat de ses parents, fait qui entrainera sa descente vers la chauve-souris. Puis tout y passe : l’inspecteur Gordon, donc, héros déchiré entre le bien et le mal, le pingouin, Poison Ivy, même Alfred. Dans une ville très stylisée qui ne déroge pas à l’image qu’on en a toujours eu, l’intrigue essaie de mélanger le plus d’éléments possibles. Malheureusement, on a un peu du mal à dépasser non seulement le côté très grandiloquent du ton, mais aussi le côté un peu forcé de tout ça. La question est bien de savoir comment ils vont se sortir d’un paradoxe : faire tenir une intrigue sur une enquête qui ne peut pas être résolu (si Gordon trouve les meurtriers des Waynes, alors le petit Bruce ne deviendra jamais Batman!). Au visionnage du pilote, on en ressort mi-figue, mi-raisin, pas vraiment convaincu, mais quelque part avec la volonté de donner une deuxième chance, pour le second épisode. Si celui-ci n’est pas convaincant, on tournera vite la page…

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Terriers

C’est toujours un sentiment partagé entre l’excitation et la tristesse qui s’empare de moi lorsque je découvre une série oubliée de bonne qualité. Il existe quelques pépites qui n’ont eu le droit qu’à une ou deux saisons et que les téléspectateurs ont vite oubliés. Heureusement, certains continuent à prêcher la bonne parole : l’un d’entre eux m’a dit de jeter un œil à Terriers.

Non seulement Terriers est originale, drôle, très second degrés, aux personnages losers touchants, et elle confirme que la chaine FX a toujours mené une politique ambitieuse en terme de série. Ici, c’est un ancien flic qui se paire avec un ancien petit malfrat pour monter un business de détective privée pour le moins inconventionnel à San Diego. Ils se lancent d’abord à la recherche de la fille disparue d’un de leurs amis… et mettent le doigt dans un sacré engrenage, tout en devant gérer leur couple/séparation. Donald Logue et Michael Raymond-James rendent cette bromance attachante, leur bavardage incessant rappelant de loin un petit côté tarantinesque, en plus fin. Il faut savourer l’unique saison de cette série créée par Ted Griffin à l’ambiance très californienne, car elle passe très vite.

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Manhattan

Cet été 2014 est décidément remplie de petites bonnes surprises dans les nouveautés séries. Ainsi, ce dimanche, était diffusé le premier épisode de la série Manhattan, qui n’a rien à voir avec les experts…. mais avec la bombe atomique. La série, créée par Sam Shaw, ancien de l’écurie Masters of Sex, se concentre sur la mise au point pendant la Seconde Guerre Mondiale, au fin fond d’un désert américain, de l’arme qui réduira en cendres Hiroshima et Nagasaki deux ans plus tard.

Série historique, donc, Manhattan se place dans la lignée de Mad Men, Masters of Sex, ou même Bomb Girls. Des décors et une cinématographie soignée, une mise en scène assez réussie. Elle s’intéresse tout autant aux scientifiques qu’à leur famille. Leurs femmes surtout, prisonnières d’une ville éphémère où il n’y a pas de nom de rue et surtout où le secret sur l’activité des hommes règne en maître. Ce microcosme brasse énormément de personnages et de problématique, et c’est là ce qui fait la force de la série : peu de chance que l’on s’ennuie au milieu de tout ce monde, porté par ailleurs par un super casting. Mais c’est un peu son défaut, aussi : tout cela est bien trop sérieux. Certes, le sujet, « qu’auriez-vous fait si vous saviez que vous construisiez une arme qui allait détruire des millions de vie », l’est. Mais il nous manque cette légèreté, cette petite touche de second degrés qui réussit si bien à Masters of Sex. Si les enjeux émotionnels sont bien présents, on se demande jusqu’à quel point ils vont nous tenir avant de devenir un peu trop fastidieux. Mais nous n’en sommes pas là : ce pilote est bien assez convaincant pour qu’on regarde la suite… si vous appréciez le genre, vous passerez un bon moment.

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Archer

Les séries d’animation pour adulte sont encore trop rarement connues du grand public. Bien sûr, les Simpsons et South Park font maintenant parti de la culture pop, mais le genre a du mal à percer auprès du grand public. Mais voilà une occasion en or pour changer la donne : France 4 diffuse la série américaine d’animation Archer, et vous n’êtes pas prêt de vous en remettre.

Archer est le genre d’espion imbu de lui-même, qui fait boulette sur boulette, mais qui s’en sort toujours avec les honneurs… pourtant, dans son agence que dirige sa mère complément déjantée qui mène Archer par le bout du nez, les choses sont délirantes à souhait. Entre son ex, bombe sexuelle qui se case avec le petit informaticien, la secrétaire amoureuse de lui ou la comptable miss potin, c’est au milieu de personnage aussi foutraque que lui qu’Archer tente de mener à bien quelques missions d’espionnage. Adam Reed, le créateur, se sert du genre et joue des codes avec brio. C’est drôle, fou, frais et différent : les cinq saisons de 10 à 13 épisodes de 20 minutes valent le coup d’être apprécié.

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Crossbones

Cela faisait un moment que je l’attendais. Ce fut la première série sur la piraterie annoncée depuis longtemps, avant même Black Sails, avec en tête d’affiche l’immense star qu’est John Malkovitch et se penchant sur la plus connue des légendes pirates, Barbe Noire. Pour couronner le tout, c’est Neil Cross, à qui l’ont doit Luther, qui s’attelait à son écriture. Le tout sur NBC, ce n’est pas rien. Vendredi soir, le pilote de Crossbones a enfin été révélé au monde… et m’a énormément déçue.

Peut-être que mes espoirs étaient trop hauts, mais tout de même, de nombreux points jouent contre cette série. Tout d’abord, on nous vend l’histoire de Barbe Noire : or ce n’est pas lui le héros de l’histoire, mais Thomas Lowe, un chirurgien/espion qui a pour mission de le tuer. Seul bémol ici : ce personnage manque cruellement de profondeur et d’un véritable enjeux et cela se sent pendant tout l’épisode. Ensuite, ce fameux Barbe Noire, s’il est plutôt amusant de voir que le scénariste a joué avec les clichés et mélange cruauté et tourment (le coup de acupuncture est très drôle), on est encore trop près d’un cliché avec lequel Malkovitch se dépêtre tant bien que mal et avec un accent très étrange. Enfin, et c’est là le plus gênant, les ficelles scénaristiques sont plus grosses que des montagnes. Le héros arrive à tout faire d’un coup, trop fort, les obstacles sont minimes, tout est simplifié à l’extrême à tel point que le héros tombe amoureux de la première femme qu’il croise quand il arrive sur l’île caché de Barbe Noire. Sérieusement ? C’est navrant. Je ne parle même pas des dialogues complétement alambiqués et pas crédibles pour deux sous (ouh, le side-kick qui pose les bonnes questions au bon moment!). Alors, oui, appelez-ça déformation scénaristique, snobisme sériesque, injustice,… je suis cruelle mais c’est parce que cela méritait mieux ! Pour le coup, Black Sails est beaucoup plus intéressante, bien qu’elle se perde parfois dans ses trop nombreuses intrigues et considérations politiques, on y croyait à fond, c’était profond et ça vendait du rêve, c’était une vision enfin différente des pirates. Alors que là… on se croit revenu chez Pirates des Caraïbes.

Bon, bien sûr, je ne peux tout de même pas lui tourner le dos comme ça, et je regarderai la suite, puisque l’espoir fait vivre. Mais vraiment, ce n’est pour le moment pas passionnant, voir même parfois vraiment agaçant… La seule bonne nouvelle c’est qu’il y a surement encore de la place pour mon propre trois-mâts dans l’océan des séries de pirates !

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