Race

Il m’arrive parfois de sortir le nez de mon écran d’ordinateur pour aller au théâtre. La semaine dernière, je me suis laissée tenter par une pièce dont on m’avait dis beaucoup de bien. Mais de quoi parle vraiment Race, pièce de David Mamet qui se joue en ce moment au théâtre du Rond Point ?

Dans un décor de bureau d’avocat des plus explicites, un homme blanc et riche arrive : il est accusé d’avoir violé une jeune femme noire dans une chambre d’hôtel. L’affaire est liée au problème racial, qu’on le veuille ou non : or ce cabinet d’avocat est composé d’un pro du barreau blanc et d’un autre noir. Travaille aussi avec eux une jeune femme, noire elle aussi. La venue de ce client potentiel, le choix de le défendre ou pas, prouver ou croire en sa culpabilité ou son innocence, engendre un débat sans fond sur le sujet de la couleur de peau. Les blancs contre les noirs, mais tous menteurs, racistes, appliquant une discrimination positive. Si la pièce, américaine, datant des années 2009, est assez connotée culturellement, elle ne peut faire qu’échos dans notre société, surtout après l’affaire DSK et pendant des élections. Quoi qu’il en soit, le texte est des plus agréables à écoute, la rhétorique fait mouche et les retournements de situations plutôt bien trouvés. Les acteurs donnent de la chaire à leur propos et Yvan Attal, surtout, trouve une justesse dans ses répliques. On note aussi la présence de qualité de Sara Martins, qu’on a pu voir dans Pigalle la Nuit ou Death In Paradise. A voir, donc !

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38 Témoins

Un soir, au Havre, une jeune femme rentre de sa séance de baby-sitting. Dans la rue de son immeuble, elle se fait sauvagement poignarder. Personne n’entend rien, dans les immeubles autour, tout le monde dormait. Apparemment.

C’est ce fait-divers que le réalisateur Lucas Belvaux (Rapt) met en scène dans son long-métrage 38 témoins. Dans un film qui flotte entre l’angoisse et le thriller philosophique, Belvaux choisit le point de vue d’une femme (Sophie Quinton, parfois trop théâtral) absente lors des faits. Son compagnon, auquel Yvan Attal prête bien des traits froids et fermés, dit qu’il travaillait ce soir là. En fait, il a entendu ce cri, déchirant et horrible, de la jeune femme, et il n’a rien fait. Comme les 38 habitants de l’immeuble qui sont restés dans leur lit et n’ont pas bougé. Voilà donc la question qu’on pose : si 38 personnes ne font rien, aurais-je fais quelque chose? L’humain est-il juste lâche? Quelle culpabilité après un évènement comme cela?

Si l’image est belle et le propos intéressant, il y a cependant une variation des points de vue qui parfois alourdit à mon sens le film. Il en résulte une longueur parfois agaçante, surtout lorsque l’on se penche uniquement sur le couple au centre de la tempête, dont la fin a sonné. Malheureusement, cette fin nous ennuie, surtout par des dialogues très théâtraux auxquels on ne s’identifie pas du tout. On ne croit pas à leur histoire détachée. Cela affaiblit un peu la force des questions posées, qu’heureusement la journaliste (Nicole Garcia) remet sur le tapis. Ainsi, on ressort mitigé de la salle, un peu déçu de ne pas avoir été secoué jusqu’au bout par le film.