Été frisson : Stranger Things VS The Living and the Dead

Petite parenthèse dans les séries classiques de l’été à rattraper pour vous faire découvrir deux nouvelles séries, l’une américaine, l’autre anglaise, pour vous faire frissonner sous la chaleur estivale, les soirées d’orage. Les deux se déroulent dans les années 80… à un siècle d’écart. Ne loupez pas Stranger Things, hommage au ciné US des années 1980, ni The Living and the Dead, renouveau du genre thriller supernaturel victorien, se déroulant en 1888.

Bien sur, je ne vous étonnerai pas en vous disant que mon coeur penche du côté de The Living and The Dead. Avec aux commandes Ashley Pharoah et Matthew Graham (co-createurs et scénaristes de Life On Mars et Ashes To Ashes) c’est Colin Morgan (Merlin)qui endosse le rôle de Nathan Appleby, un pionnier de la psychanalyse qui revient au domaine familiale et se heurte à de très étranges événements… fantômes, enfants possédés,… à chaque épisode, Nathan doit trouver des solutions à ses étrangetés qui menace son domaine. C’est subtil, effrayant, très british, les personnages semblent tout droit sortis de chez Dickens et Mary Shelley. Les six épisodes se dégustent comme une gourmandise. C’est sur la BBC, pas de diffusion française prévue pour le moment.

Changement de décor avec Stranger Things, qui semble la sensation du moment. Et pour cause : avec autant de références cinématographiques, avec des méchants bien méchants, un attrait conspirationniste, des personnages d’enfant avec qui on a envie d’être copains, un côté rétro so à la mode, Stranger Things a tout compris. Un laboratoire où il se passe des choses pas net dont s’échappe une étrange petite fille, un monstre qui mange les gens (et qui peut vraiment faire flipper), un petit garçon qui disparait, ses amis et sa mère qui partent à sa recherche. Doucement, toutes les pièces du puzzle se mettent en place, la narration étant très efficace malgré quelques moments d’essoufflement. Les frères Duffer, qu’on va désormais surveiller de près, ont réussi leur entrée en matière, c’est sur ! C’est sur Netflix.

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The Durrells

Downton Abbey vous manque ? Vous n’avez plus votre dose de Lakerise to Candleford et autre Call the Midwife ? Pas de panique : la télévision anglaise a toujours, toujours sous la main la série familiale historique chaleureuse et attachante. La dernière en date ? The Durrells, sur ITV.

Adapté par le scénariste Simon Nye de la trilogie The Corfu Trilogy de Georges Durrells, la série raconte l’histoire d’une mère et de ses quatre enfants. Complétement dépassé par les dettes et les problèmes d’éducation, Mrs Durrells décide de quitter Porthsmouth pour l’île grecque de Corfu. A l’époque, à Corfu, il n’y avait ni béton, ni électricité : seulement la vie sauvage, de quoi défriser nos petits anglais. Le pilote nous montre de façon efficace, quoi que parfois un peu grossière, les caractérisations des personnages, nous laissant entrevoir quels vont êtres leur problématiques et leurs évolutions. C’est un sentiment presque nostalgique qui émerge pourtant, comme lorsqu’on se souvient des vacances en famille lorsqu’on était enfant. C’est donc vers un guilty pleasure que se dirige cette série, dont une saison deux a été commandé.

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Houdini & Doyle

Il n’y a bien que les anglo-saxons pour oser s’amuser à ce point avec une série télé. Une série ludique, légère, efficace. Dans la veine de Death In Paradise ou encore The Librarians (dont David Titcher est aussi co-créateur), ITV, Fox et la chaine canadienne Global présentent Houdini & Doyle.

Vous l’aurez compris, tout est dans le titre : il s’agit d’une série dont les personnages principaux sont Harry Houdini, le magicien, et Arthur Conan Doyle, l’écrivain père de Sherlock Holmes. La paire se retrouve pour… résoudre des meurtres ! Mais pas n’importe lesquels : ceux entourés d’une aura mystérieuse, qui semblent dépasser la logique et l’entendement… Doyle croit au surnaturel, Houdini, en bon magicien, le réfute complétement. Petit côté X-Files, vous dites ? On en est loin, mais il y a un peu de ça ! Accompagnée par une femme policier, très rare à l’époque, ils vont d’aventures en aventures. Le pilote vend vraiment bien l’affaire : c’est plaisant, il y a une dose correcte de suspens, les comédiens s’amusent (le plaisir de retrouver Stephen Mangan d’Episodes) et on ne s’ennuie pas. L’écriture menée par  David Shore (House),  David Hoselton et David Titcher se compléte avec la réalisation de Stephen Hopkins (Californication, 24). Pas vraiment original, mais le genre de série à garder au chaud pour les dimanches soirs !

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Wolf Hall

L’histoire des rois d’Angleterre est une source d’inspiration constante pour les scénaristes d’Outre-Manche, en particulier la période des Tudors et du roi Henry VIII. C’est la BBC qui remet le couvert en début d’année avec Wolf Hall en nous offrant un nouveau point de vue sur l’histoire : celui de Thomas Cromwell, conseiller du roi.

Adapté de deux romans, cette mini-série en six épisodes est écrite par Peter Straughan, à qui l’on doit notamment Tinker Tailer Solder Spie (La Taupe). Ici, en s’intéressant à l’ascension de Cromwell, petit avocat qui va diriger l’Angleterre dans l’ombre, Straughan a décidé de mêler la chronologie, de nous donner d’un coup des petites touches par-ci, par-là, d’un tableau complexe. On est devant un récit qui nous paraît parfois n’être que froide politique, parfois drama intense et émouvant. Le meilleur moyen de nous montrer à quel point Cromwell était un homme aux multiples facettes ? Quoi qu’il en soit, on se détache très vite des images encore très présentes de la série The Tudors, ou tout autre period drama de cette veine : ici, le style est assez unique, à la fois rafraichissant et demandant. De quoi ravir les amateurs du genre et ceux qui n’aiment pas les séries historiques qui se rapprochent du soap : ici, c’est tout le contraire, la sensibilité n’est pas raccroché à de l’effusion de sentiments. Et il faut dire que Damian Lewis en Henry et Claire Foy en Anne Boleyn, ça ne se loupe pas (même si on ne les voit pas très souvent).

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Our Girl

L’art du contrepied. Là où les américains font Band of Brothers, série très réussite sur un bataillon de soldats pendant la seconde guerre mondiale, les anglais ont proposé à la rentrée la série Our Girl. Avec le format un peu étrange d’un pilote/téléfilm suivi d’une saison de cinq épisodes d’une heure, cette série raconte l’histoire de Molly, 20 ans, mal dans sa peau, qui décide de rejoindre l’armée et de partir en Afghanistan.

L’armée est sujet à beaucoup de fictions, surtout avec les récentes guerres au Moyen-Orient. Mais ici, il s’agit de se concentrer sur l’histoire d’un soldat un peu particulier. Celui d’une jeune femme qui se retrouve envoyée dans un bataillon d’hommes, où la franche camaraderie fait vite place au dédain tant que la personne n’a pas prouvé qu’elle était à la hauteur. Le personnage de Molly (Lacey Turner) est touchant, et malgré certains côtés un peu facile ou carte postale d’une armée où tout le monde est beau, on se laisse vite prendre à l’histoire et au suspens – va-t-elle arriver à prouver aux autres et à elle-même qu’elle a trouvé sa place ? Les difficultés du terrain, les rapports aux locaux,… sont exploités de manière assez gentilles, et c’est bien le seul regret qu’on a devant du drama par ailleurs bien fichu. La BBC, grâce à la plume de Tony Grounds, prouve qu’on peut parler de l’actualité en fiction tant qu’elle est encore chaude.

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Outlander

C’était une des séries que j’attendais de pied ferme. Adaptation de la série de roman de Diane Gabaldon, crée par Ronald D. Moore pour la chaine Starz, Outlander raconte une histoire d’amour impossible, mêlant moyen-âge, magie et beaux paysages.

Claire, une fois la seconde guerre mondiale finie, part avec son mari Franck pour une seconde lune de miel dans les Highlands en Écosse. Seulement, la magie d’un Stonehenge la fait atterrir en 1743 : Claire se retrouve prise dans la guerre entre les Écossais et les Anglais, mais surtout entre son mari resté en 1945 et l’homme dont elle tombe amoureuse, le beau Jamie… Le rythme de la série est au départ un peu déroutant. En effet, il faut un épisode pilote entier avant que Claire ne bascule dans le passé, le temps d’installer un peu trop de chose, peut-être, mais surtout que l’on s’attache à Franck (Tobias Menzies <3). Les choses s’accélèrent une fois Claire embarquée dans le château des MacKenzie, et on tombe sous le charme de notre héroïne à forte tête. L’histoire est très fidèle aux romans, en respectant ainsi le rythme parfois bancale. On se serait bien passé de la voix off, trop classique et solution de facilité quand il s’agit d’adapter, mais le résultat reste plaisant, un divertissement bien interprété et  mélangeant romance et faits historiques. Parfait pour les soirées d’automne à venir !

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The Honourable Woman

À l’heure où l’actualité brûle au rythme du conflit Israélo-palestinien, un hasard de calendrier veut que la BBC diffuse The Honourable Woman, une mini-série de Hugo Blick ( à qui l’on doit The Shadow Line). Durant huit épisodes, nous sommes plongés dans l’histoire de Nessa Stein, une femme d’affaire plongée dans un thriller d’espionnage.

Dense. Si un mot devait résumer The Honourable Woman, c’est celui-ci. Car la série déroule des intrigues à la fois politiques, économiques et personnelles, entre plusieurs pays (Angleterre, Israël et Palestine). Si le personnage complexe de Nessa est au centre de tout (et l’interprétation de Maggie Gyllenhaal ne flanche jamais), c’est aussi tout une toile d’araignée qui est tissée autour d’elle et qui rend la narration complexe, presque labyrinthique. Cela est souligné par la mise en scène et surtout par le montage, tout en alternance, en retour, flashback, à la découverte des secrets dont on nous annonce dès le début qu’ils seront les moteurs de la série, leur exposition et leur conséquence… avec la conclusion que nous ne pouvons faire confiance à personne, même pas à ceux que le scénariste nous raconte, car les fausses pistes sont nombreuses. Mais jamais le spectateur ne s’y perd vraiment. Si parfois il faut s’accrocher pour comprendre tous les tenants et les aboutissants de ce qui se passe, le tout est tellement ciselé que les scènes s’écoulent sans accroche. Dense, parfois âpre, très noire et avec un sujet des plus délicats, The Honourable Woman est malgré tout plutôt réussi. Et pour ne rien gâcher, Canal + a acquis la série, ce qui lui assure une diffusion française en 2015.

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In The Flesh

Ce dimanche se tenait à Londres les BAFTAS TV, prestigieuses récompenses qui couronnent les meilleurs programmes de télévision outre-Manche. Si la désormais célèbre Broadchurch a raflé quelques prix, la surprise est venue de la série In The Flesh de BBC Three. À raison : cette série est à voir absolument.

Quelques temps après une invasion zombie en Angleterre, « The Rising », un traitement a été mis au point pour soigner ces milliers d’humain atteints du syndrome des « partiellement décédé ». Kieren est l’un de ces revenants, un ado qui était zombi mais qui, grâce à un liquide qui régénère le cerveau, peut désormais réintégrer sa vie d’avant. Mais est-ce que sa vie d’avant est prête à le voir revenir ? Car dans son petit village campagnard anglais, les milices, les familles, tous ceux qui se sont battus contre les zombies il y a quelques années, sont loin d’accepter ces retours… Le parti pris d‘In The Flesh est très différent des séries zombies qu’on a vu jusqu’à maintenant. C’est sur un « après » inexploré qu’elle se concentre, celui de la réintégration des zombies, le questionnement de leur place dans la société, de savoir s’ils sont encore humains,… Les intrigues se placent dans l’intime de famille très similaires aux nôtres et parlent d’intégration et d’acceptation au sens large. C’est fin, juste et prenant : une vraie bonne série d’anticipation.

Sachez par ailleurs que la vision d’auteur de Dominic Mitchell, dont c’est la première série télé, a été permise grâce à la BBC Writer’s Romm. En effet, pour promouvoir des nouveaux talents scénaristiques et surtout pour permettre à des auteurs de développer librement leur série, la BBC a mis en place un grand concours où chacun peut envoyer librement des projets. Les sélectionnés sont développés pendant un an avec un auteur confirmé, ici John Fay, qui a conseillé à son poulain de ne pas s’auto-censurer et de se libérer des codes classiques de la télé. Le résultat et la qualité sont là : un modèle à appliquer en France ?

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Inside No. 9

Les anglais ont définitivement un don inné pour le décalage et l’humour noir. Inside No. 9  est un condensé d’absurde britannique fin et tordu, une série d’anthologie (comprendre que chaque épisode met en scène des histoires et des personnages différents) découverte à Série Mania et qui a fait l’unanimité.

Que ce passes-t-il derrière les portes des maisons qui portent le numéro 9 ? On est bien loin de soupçonner les évènements comico-tragiques que vivent les familles huppés, riches, pauvre, de banlieue ou appartements de ville anglais… Pourtant, toute la force de cette série réside dans un lieu unique, parfois même une seule pièce où se joue des vrais conflits qui reposent sur les personnages – tous génialement interprétés par un florilège d’excellents comédiens. Le tout se terminant souvent par un twist aide qui donne toute sa saveur à la série. Crée par Reece Shearsmith et Steve Pemberton (tous deux acteurs dans la série), cette série dont la deuxième saison d’épisodes d’une demie-heure a été commandé par BBC Two vaut vraiment le coup. Vous n’en comprendrez que mieux les anglais !

Inside No. 9

The Crimson Field

En plus d’avoir un faible pour les séries historiques (parce qu’ils les font bien), les anglais ont un sérieux penchant pour les histoires de femmes médecins en tout genre. Alors que la BBC nous avait déjà régalé avec des sages femmes dans Call The Midwife, c’est désormais des infirmières de guerre qui sont au centre de The Crimson Field, une série écrite par Sarah Phelps.

A l’occasion du centenaire du début de la guerre de 14/18, la BBC prévoit de nombreux programmes se rattachant à la mémoire de cette guerre. The Crimson Field en fait parti. France, en pleine boucherie de la Première Guerre Mondiale, un peu en arrière du front se trouvent les tentes servant d’hôpital de fortune. Médecins, infirmières civiles et dans les ordres tentent tant bien que mal de gérer les hommes qui reviennent transformés du champ de bataille. Quatre nouvelles volontaires arrivent, à la fois jeune et naïve, à la fois chargées d’un passé et de leur propre fardeau. Beaucoup de têtes connues se bagarrent l’affiche, dont Oona Chaplin (qui sera au passage à Série Mania dans quelques semaines). Comme toujours, le pilote est hyper efficace : les portraits esquissés des personnages paraissent à la fois cliché au début mais très vite attachant et plus profond qu’on ne pense. La mise en place de la situation se fait dans l’action. Alors qu’on commençait un peu à se lasser des sages-femmes, voilà de quoi nous plonger avec plaisir dans des nouveaux parcours de femme qui, bien qu’elles ne soient pas encore tout à fait assez juste, apporte un point de vue frais et féminin sur une guerre où tout le monde en a pris pour son grade.

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