Gentleman Jack

Quand HBO et BBC coproduisent une série historique en cochant toutes les cases chères à mon coeur de sériphile, je suis obligée de vous en parler. C’est en tout cas l’impression que m’a donné le pilote de Gentleman Jack, diffusé en ce début de semaine sur OCS en France. Quelles cases ?

  • Une période on-ne-peut-plus jouissive quand il s’agit de l’Angleterre : le début de la Révolution Industrielle. Quand l’image austienne de l’Angleterre se mélange aux intérêts capitalistes de l’exploitation du charbon, cela bouscule les codes de la (bonne) société et embrase les grands sentiments romanesques du genre.
  • une scénariste, Sally Wainwright, dont on admire le travail (Happy Valley) et un casting dont on sait déjà qu’il sera tellement à la hauteur : la géniale Suranne Jones (Docteur Foster), Sophie Rundle (Peaky Blinders) ou encore Gemma Whelan (GoT).
  • une héroïne hors du commun, qui bouscule les codes : Anne Lister, aka Gentleman Jack, lesbienne propriétaire terrienne qui compte bien vivre sa vie comme elle l’entend. Personnage réelle d’ailleurs, connue en Grande-Bretagne pour sa personnalité, son journal et sa réputation de première lesbienne moderne. La série s’inspire des journaux intimes d’Anne Lister.
  • une réalisation rythmée, haute en couleurs, des petits clins d’oeil caméra et des bouts de voix-off qui donnent un petit twist moderne et rock’n roll.

Une petite pépite qui dépoussière le genre tout en gardant les éléments qui nous font aimer le period drama. Encore une fois, les anglais font fort !

La Fiction Historique

L’année dernière, j’avais participé avec Séquences7 au Festival International du Film de Fiction Historique. Cette année, l’équipe du festival m’a demandé d’écrire un édito sur ce genre délicat et passionnant que j’affectionne beaucoup. Cet édito vous expliquera pourquoi…

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J’ai toujours aimé l’Histoire. Dés l’école, j’étais fascinée par toutes ces histoires d’hommes et de femmes venus avant nous. C’était dur d’imaginer qu’avant moi, petite fille, il y avait eu plus de trois milles ans d’autres petites filles, qui avaient vécu en toge dans la Rome Antique, de profil chez les Égyptiens, en paysanne à l’orée des châteaux forts, en crinoline à Versailles. Je ne pouvais pas m’empêcher de penser que leurs vies, pauvres ou princesses, étaient plus intéressantes que la mienne. J’aimais me les raconter, ces vies, les arranger, les romantiser. J’aimais les dévorer dans les romans et les bande-dessinées.

J’adorais plus que tout les voir, au cinéma, a la télévision, me nourrissant de l’imaginaire des films et de séries pour alimenter mon moulin à fiction historique. Petit à petit, l’Histoire m’a poussée à écrire moi-même des scénarios de fiction historique. J’ai compris, en grandissant, à quel point ces récits nous étaient essentiels. Pourquoi Ben Hur, Sissi, Les Mousquetaires ou La Grande Vadrouille devaient exister, plus que jamais.

Explorer l’Histoire par la fiction permet d’y ajouter un point de vue, un propos, de s’éloigner du laborieux travail des historiens : celui d’une recherche de la vérité. L’auteur s’empare d’une époque, d’une anecdote, d’une vie, pour en faire un récit de fiction. Il doit y ajouter de lui, la tordre, l’arranger, pour les besoins de la dramaturgie. Le scénariste a la tâche ardue de parler de son époque à travers le passé. Il ne doit pas trahir la mémoire, ni se contenter des faits. Ainsi, le cinéma et la télévision deviennent un moyen merveilleux de transmettre l’envie de s’intéresser à l’Histoire. Les héros, connus ou inconnus, leurs petites ou grandes histoires, nous permettent de mieux nous comprendre, nous connaître. C’est un genre à mettre en avant, à constamment bousculer, à réinventer, à sortir de la poussière… pour ne pas faire. De l’historique moderne ? Une belle contradiction, qui tend pourtant le travail du scénariste, en accord avec les formats et les problématiques d’aujourd’hui. C’est pourquoi le Festival Internationale du Film de Fiction Historique est un espace nécessaire et passionnant, qui rend concret la complexité et la diversité de ce genre particulier. Longue vie à lui !

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Retrouvez cet édito et des informations sur le site du festival : http://www.fiffh.com/la-fiction-historique/

 

 

War and Peace

Si l’année série 2016 ressemble à cette première nouveauté, je peux vous dire qu’on va être gâtés. Car la BBC commence très, très fort en ce début janvier…. avec une nouvelle adaptation du roman épique de Tolstoï, Guerre et Paix.

Grande histoire romanesque, politique et humaine, le récit du roman est passionnant, dense, captivant. Mais pas facile à adapter à la télévision sans devenir une succession plate d’événements… mais c’est sans compter sur Andrew Davies, le scénariste spécialiste des period drama en tout genre, d’Orgueil et Préjugé à Mr Selfridges en passant par Dickens. Donner un coup de balais à l’histoire, mettre les passions amoureuses et emportements de la jeunesse au cœur des personnages, tamiser les enjeux avec brio : c’est très bien fait. C’est sans compter non plus sur le réalisateur Tom Harper, qui s’est fait les dents sur Misfits et Peaky Blinders, et qui n’a pas peur de mettre les bouchées doubles en terme visuel, avec de beaux mouvements de caméra, des plans justes et  la hauteur des beaux moyens et de la belle reconstitution présentée. Enfin, c’est sans compter sur un casting de ouf. Tous les acteurs sont des têtes connues, et tous s’amusent, se donnent à fond. Bien sûr, Paul Danno vole un peu la vedette aux autres, mais Lily James (Downton Abbey), James Norton (Happy Valley), Tuppence Middleton (méconnaissable sans ces blancs cheveux de Sense8) et même Gillian Anderson (!!) ajoute ce qu’il faut de talent pour qu’on soit sous le charme. Vous l’aurez deviné, je vais déguster ces six épisodes avec joie, parce qu’ils sont exactement ce que j’aimerai faire : du bel historique !

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Peaky Blinders

Décidément, les anglo-saxons ont un don pour les reconstitutions historiques. La BBC 2 remet le couvert avec Peaky Blinders, série en six épisodes visuellement bluffante.

1919, Birmingham. La ville est mal famée, les gangs y font la loi, surtout les bookmakers des Peaky Blinders, dont le nom vient des lames de rasoirs qu’ils caches dans la visière de leur casquette. En ces temps troublés notamment par l’IRA, le gouvernement anglais, qui craint une révolte, décide de reprendre la ville en main après le vol d’une cargaison d’armes. Le chef de police Campbell est envoyé sur place pour dénicher les coupables. C’est le début d’un affrontement plus ou moins direct avec Thomas Shelby qu’incarne le beau Cillian Murphy en leader charismatique des Peaky Blinders. Tout ceci est un peu un mélange de Gangs of New-York ou encore Boardwalk Empire, et si le scénario n’est pas hyper original, il en reste assez efficace, porté par les deux acteurs principaux, par un beau savoir-faire de l’image et par une bande-son étonnante et détonante. Pour les amateurs du genre, cette série vaut très certainement le détour, d’autant qu’on apprécie son côté parfois western et noir.

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