La Fiction Historique

L’année dernière, j’avais participé avec Séquences7 au Festival International du Film de Fiction Historique. Cette année, l’équipe du festival m’a demandé d’écrire un édito sur ce genre délicat et passionnant que j’affectionne beaucoup. Cet édito vous expliquera pourquoi…

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J’ai toujours aimé l’Histoire. Dés l’école, j’étais fascinée par toutes ces histoires d’hommes et de femmes venus avant nous. C’était dur d’imaginer qu’avant moi, petite fille, il y avait eu plus de trois milles ans d’autres petites filles, qui avaient vécu en toge dans la Rome Antique, de profil chez les Égyptiens, en paysanne à l’orée des châteaux forts, en crinoline à Versailles. Je ne pouvais pas m’empêcher de penser que leurs vies, pauvres ou princesses, étaient plus intéressantes que la mienne. J’aimais me les raconter, ces vies, les arranger, les romantiser. J’aimais les dévorer dans les romans et les bande-dessinées.

J’adorais plus que tout les voir, au cinéma, a la télévision, me nourrissant de l’imaginaire des films et de séries pour alimenter mon moulin à fiction historique. Petit à petit, l’Histoire m’a poussée à écrire moi-même des scénarios de fiction historique. J’ai compris, en grandissant, à quel point ces récits nous étaient essentiels. Pourquoi Ben Hur, Sissi, Les Mousquetaires ou La Grande Vadrouille devaient exister, plus que jamais.

Explorer l’Histoire par la fiction permet d’y ajouter un point de vue, un propos, de s’éloigner du laborieux travail des historiens : celui d’une recherche de la vérité. L’auteur s’empare d’une époque, d’une anecdote, d’une vie, pour en faire un récit de fiction. Il doit y ajouter de lui, la tordre, l’arranger, pour les besoins de la dramaturgie. Le scénariste a la tâche ardue de parler de son époque à travers le passé. Il ne doit pas trahir la mémoire, ni se contenter des faits. Ainsi, le cinéma et la télévision deviennent un moyen merveilleux de transmettre l’envie de s’intéresser à l’Histoire. Les héros, connus ou inconnus, leurs petites ou grandes histoires, nous permettent de mieux nous comprendre, nous connaître. C’est un genre à mettre en avant, à constamment bousculer, à réinventer, à sortir de la poussière… pour ne pas faire. De l’historique moderne ? Une belle contradiction, qui tend pourtant le travail du scénariste, en accord avec les formats et les problématiques d’aujourd’hui. C’est pourquoi le Festival Internationale du Film de Fiction Historique est un espace nécessaire et passionnant, qui rend concret la complexité et la diversité de ce genre particulier. Longue vie à lui !

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Retrouvez cet édito et des informations sur le site du festival : http://www.fiffh.com/la-fiction-historique/

 

 

Houdini & Doyle

Il n’y a bien que les anglo-saxons pour oser s’amuser à ce point avec une série télé. Une série ludique, légère, efficace. Dans la veine de Death In Paradise ou encore The Librarians (dont David Titcher est aussi co-créateur), ITV, Fox et la chaine canadienne Global présentent Houdini & Doyle.

Vous l’aurez compris, tout est dans le titre : il s’agit d’une série dont les personnages principaux sont Harry Houdini, le magicien, et Arthur Conan Doyle, l’écrivain père de Sherlock Holmes. La paire se retrouve pour… résoudre des meurtres ! Mais pas n’importe lesquels : ceux entourés d’une aura mystérieuse, qui semblent dépasser la logique et l’entendement… Doyle croit au surnaturel, Houdini, en bon magicien, le réfute complétement. Petit côté X-Files, vous dites ? On en est loin, mais il y a un peu de ça ! Accompagnée par une femme policier, très rare à l’époque, ils vont d’aventures en aventures. Le pilote vend vraiment bien l’affaire : c’est plaisant, il y a une dose correcte de suspens, les comédiens s’amusent (le plaisir de retrouver Stephen Mangan d’Episodes) et on ne s’ennuie pas. L’écriture menée par  David Shore (House),  David Hoselton et David Titcher se compléte avec la réalisation de Stephen Hopkins (Californication, 24). Pas vraiment original, mais le genre de série à garder au chaud pour les dimanches soirs !

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Wolf Hall

L’histoire des rois d’Angleterre est une source d’inspiration constante pour les scénaristes d’Outre-Manche, en particulier la période des Tudors et du roi Henry VIII. C’est la BBC qui remet le couvert en début d’année avec Wolf Hall en nous offrant un nouveau point de vue sur l’histoire : celui de Thomas Cromwell, conseiller du roi.

Adapté de deux romans, cette mini-série en six épisodes est écrite par Peter Straughan, à qui l’on doit notamment Tinker Tailer Solder Spie (La Taupe). Ici, en s’intéressant à l’ascension de Cromwell, petit avocat qui va diriger l’Angleterre dans l’ombre, Straughan a décidé de mêler la chronologie, de nous donner d’un coup des petites touches par-ci, par-là, d’un tableau complexe. On est devant un récit qui nous paraît parfois n’être que froide politique, parfois drama intense et émouvant. Le meilleur moyen de nous montrer à quel point Cromwell était un homme aux multiples facettes ? Quoi qu’il en soit, on se détache très vite des images encore très présentes de la série The Tudors, ou tout autre period drama de cette veine : ici, le style est assez unique, à la fois rafraichissant et demandant. De quoi ravir les amateurs du genre et ceux qui n’aiment pas les séries historiques qui se rapprochent du soap : ici, c’est tout le contraire, la sensibilité n’est pas raccroché à de l’effusion de sentiments. Et il faut dire que Damian Lewis en Henry et Claire Foy en Anne Boleyn, ça ne se loupe pas (même si on ne les voit pas très souvent).

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Un Village Français – S04E01/2

Ah! Le genre historique! Un de mes péchés mignons, que ce soit en tant qu’auteure ou de (télé)spectatrice. Livres, films et surtout séries télés, je ne m’en lasse pas. Bien que je ne puisse pas tout regarder, je suis assez exigeante, surtout lorsque mes modèles absolus sont Rome ou Ken Follett. En France, ce genre a une place bien particulière, l’Histoire de notre pays étant assez riche pour fournir à nos imaginations des heures de fictions. Mais trop souvent, le résultat est un peu décevant, même là où on attendait des miracles.

Parfois, cependant, il y a des séries qui ne font pas beaucoup de bruit mais qui valent plus qu’elles n’y paraissent. C’est le cas de la série Un Village Français dont France 3 diffuse depuis hier soir la saison 4. Crée par le scénariste Frédéric Krivine, le réalisateur Philippe Triboit et le producteur Emmanuel Daucé, ce programme de 4 saisons de 12 épisodes de 52 minutes s’intéresse à la vie d’un village du Jura sous l’occupation allemande pendant la Seconde Guerre Mondiale. La 4e saison, diffusée en ce moment, se déroule pendant l’été 1942, alors que rafles de juifs s’intensifient. S’attachant donc au point de vue des civiles, toutes classes sociales confondues, Un Village est une des séries françaises les plus solides du moment, surtout sur une chaine du service publique.

Bien sûr, la série n’a pas les moyens de grosses productions américaines comme Band Of Brother. Mais la méthode américaine n’est pas loin : Un Village est en effet écrit à plusieurs mains, en atelier que Krivine dirige. Bien que le récit soit linéaire, on ne s’attarde que sur les moments clés et les enjeux charnières, ici un seul été. Enfin, les scénaristes font appels à des consultants historiques et psychologiques pour pouvoir donner à leurs personnages la profondeur nécessaire pour que le spectateur s’accroche. Cliffhangers bien maitrisés, structure solide et pas de clichés : personne n’est tout blanc ni tout noir. Surtout, personne ne sera sauvé, surtout dans cette nouvelle saison dont les deux premiers épisodes commencent forts : des arrestations, une radicalisation effrayante. Le parti pris de la série semble être de respecter les lois de l’Histoire : autant de personnages meurent que survivent.  Ainsi, la rigueur de la construction des personnages et des intrigues, portée par un casting (qui, quoi que parfois inégale, s’en sort plutôt bien) et par une réalisation fluide, fait bonne effet. Il faut donc se laisser tenter et ne pas avoir peur de se pencher encore une fois sur la WWII : les dilemmes qu’elle a posé à l’humanité résonnent encore, surtout aujourd’hui. Une piqûre de rappel aussi bien faite n’est jamais désagréable.