Bienveillance et gratitude

Ce n’est pas vraiment mon genre de parler de l’actualité sur ce blog, ni de faire de la politique, encore moins des leçons de moral. Mais par les temps qui courent, il est important je crois, de diffuser des messages qui comptent vraiment, de partager des valeurs proprement humaines qui, petit à petit, à petite puis à grande échelle, pourraient sauver le monde. C’est un peu prétentieux, peut-être : mais pour ma part, ce sont les seules réponses que j’ai trouvé, les seules armes qui me donnent encore de l’espoir : bienveillance et gratitude.

Devant la violence et l’incompréhension de derniers évènements, il faut se poser les bonnes questions, revoir les bases. Mais comment, où, qui suivre ? En flanant dans les rayons d’une librairie, un jour, une couverture m’a attiré. Celle du libre Trois Amis en Quête de Sagesse de Christophe André, Mathieu Ricard et Alexandre Jollien (http://www.babelio.com/livres/Andre-Trois-amis-en-quete-de-sagesse/808702) . Un psy, un moine boudhiste et un philosophe, tout à fait. Vous allez me dire : « je ne savais qu’elle versait dans les trucs hippies à la con ». Et bien détrompez-vous, et surtout, soyez un peu plus curieux et ouvert que ça ! Je les avais entendu sur France Culture (car oui, France Culture aussi peut sauver le monde si nous l’écoutions tous un petit peu plus souvent), dans une émission sur la joie, qui m’a bouleversé. Du coup, j’ai acheté le livre.

C’est la retranscription d’une conversation entre ces trois hommes assez différents, de par leurs métiers, leurs situations, et au départ, c’est un peu ardu : on se dit que si on n’est pas un minimum branché spiritualité, on y arrivera jamais. Mais quand ils rentrent dans le concret, on se retrouve tellement dans les situations qu’ils décrivent… et leur solution, bien que difficile à appliquer dans nos sociétés, est limpide. pratiquer la gratitude, se libérer de son égo, se dédier aux autres, toujours les autres, dans l’écoute, sans jugement, dans la bienveillance constante.

J’ai conscience que, dit comme ça, ça fait beaucoup d’efforts, sans qu’on est l’impression qu’on va avoir quoi que ce soit en « récompense ». D’abord, ce n’est pas une histoire de récompense : c’est une histoire d’accord avec soi-même et avec le monde. Ensuite, détrompez-vous : appelez-le destin, karma, quoi que ce soit, mais toute bonne action vous revient toujours.

Voilà, maintenant vous allez me prendre pour une moralisatrice de bas étage. Vous ne voulez pas lire le livre, je comprends. Mais, pour ce mois d’été restant, avant de reprendre le rythme éffréné de la rentrée, je vous pose un défis. Celui d’écouter au moins UN des podcast de Christophe André sur France Inter, Trois Minutes à méditer. C’est par ici : http://www.franceculture.fr/emissions/trois-minutes-mediter

Juste un. Trois minutes, voir cinq, histoire d’en tirer les bénéfices. Puis, si vous êtes un tant soit peu piquer, écoutez-en un deuxième. Soyez curieux. Commencez à changer le monde.

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Soeurs

Une nouvelle œuvre de Wajdi Mouawad, c’est toujours la promesse de ressentir au plus profond de soi la peine, la douleur, la beauté et le pardon. Sa trilogie Littoral, Incendies et Forêts traitaient l’indicible avec une humanité poignante. Son premier roman, Anima, est une oeuvre unique, dure et époustouflante. C’est avec une nouvelle série qu’il revient : après Seuls, c’est Soeurs qui nous plonge encore une fois au cœur des thèmes récurrents de l’artiste.

Geneviève Bergeron est médiatrice. Les conflits, ça la connait. Alors qu’elle va donner une conférence à Ottawa, elle se fait prendre dans une tempête de neige et doit rester à l’hôtel. Mais, cette nui-là, elle va découvrir qu’elle est au bout du rouleau, que la coupe est pleine et qu’il est temps de régler les secrets et non-dit qui la pèse… et elle sera sauvée par une autre femme. Depuis quelques temps, la question des indiens natifs et de la façon dont le gouvernement canadien a traité leurs enfants parcourt l’oeuvre de Mouawad, se mêlant à l’histoire du Liban, s’inscrivant encore et toujours dans la question du lignage et de la généalogie. Nous portons tous le poids des horreurs qu’ont vécu nos parents, nous génération épargnée de trop de conflits. Comment alors faire avec les colères, les haines, les non-dits, les remords qui nous tombe dessus ? Soeurs remue encore et toujours ses questions, de manière peut-être un peu moins forte et prenante que dans d’autres oeuvres de Mouawad mais avec autant d’efficacité, et une mise en scène innovante, portée par la superbe performance d’Annick Bergeron, actrice que connait bien Mouawad. Un nouveau pari gagnant, et l’envie de vivre et de ressentir, toujours.

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Les aventuriers de la mer

Au pays des romans de fantaisie démocratisés, à côté de J.R.R. Tolkien et de Georges R.R. Martin, on trouve les nombreuses œuvres de Robin Hobb. Cette écrivaine américaine prolifique, principalement connue pour sa saga de L’Assassin Royal, a également trempé sa plume dans le monde… des pirates, avec The Liveship Traders. Vous vous en doutez, je n’ai pas pu passer à côté.

Si une chaîne voulait faire de la concurrence à Game of Thrones, adapter du Robin Hobb serait tout indiqué. Dans Les Aventuriers de la Mer, on retrouve le côté médiéval, les pays imaginaires dont on imagine qu’ils sont fortement inspirés de la côté Est américaine à l’époque des colons, de la magie bien sûr dans les figures de proue des navires qui prennent vie et enfin des héros aux destinées contrariées. Vous imaginez bien qu’en neuf tomes, on va de rebondissements en rebondissements, même si le premier tome met un peu de temps à rentrer dans l’histoire et à nous rendre les personnages vraiment attachants. Mais une fois à bord, cela fait une lecture assez agréable et divertissante. Il parait d’ailleurs qu’on accroche soit à L’Asssassin Royal, soit aux Aventuriers de la Mer. Mon choix va tout naturellement aux navigateurs et aux déboires de la famille Vestrit.

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The Ocean at the end of the lane

Un homme retourne dans le village où il a passé son enfance pour un enterrement. Dépassé par les émotions, la fatigue, il part se perdre dans un chemin. Il arrive devant la maison des Hempstock, qu’il se souvient avoir connu petit garçon. Mais pourquoi, déjà ? C’est en s’asseyant à côté de l’étang que la jeune Lettie lui soutenait à l’époque être un océan qu’il se souvient de l’aventure qu’il a vécu alors qu’il avait sept ans. C’est ainsi que Neil Gaiman, l’auteur de The Ocean at the end of the lane, nous embarque dans l’histoire extraordinaire qu’a vécu un petit garçon. Avec un style simple mais puissant, nous découvrons les méandres des souvenirs, la complexité de la quête d’identité et du passage à l’adulte, mais surtout la force de l’imagination d’un enfant mais aussi d’un adulte qui nous emmène dans le fantastique en un clin d’œil. Un roman pas très long, à plusieurs niveaux de lecture qui vous embarque le coeur et vous fait fantasmer sur votre propre enfance, où Gaiman prouve encore une fois qu’il est un auteur en constante recherche et bien au dessus des autres. A dévorer au coin d’une cheminée cet automne.

Sachez de plus que les droits ont déjà été acheté par Tom Hanks pour qu’un long-métrage soit réalisé, normalement par l’anglais Joe Wright (Atonnement, Orgueil et Préjugés) !

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Jack Vance

J’ai appris que Jack Vance, grand auteur américain de science-fiction, surtout du sous-genre que l’on appelle le space-opéra, s’est éteint dimanche. Si vous aimez les voyages dans l’imaginaire ou si vous souhaitez découvrir la SF littéraire avec des histoires abordables et bien écrites, les romans de Vance vous sont tout particulièrement destinés.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Jack Vance est intégré, en 1942, dans la marine marchande. Il met à profit cette période pour écrire ses premières nouvelles, qui seront rassemblées dans le recueil Un monde magique. Il publie sa première nouvelle, The World-Thinker, en 1945 dans le magazine Thrilling Wonder Stories. En 1997, la Science Fiction Writers of America lui accorde la distinction honorifique de « Grand Maître ». Il avait été auparavant le gagnant de nombreux prix. Ses « cycles » sont très célèbres : La Terre Mourante, Les Aventuriers de la planète géante, Le Cycle de Tschaï. Pour finir, il fut lauréat des Hugo 2010 avec son autobiographie: « C’est Moi, Jack Vance! ». Un grand auteur à découvrir si vous ne le connaissez pas déjà !

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Joseph Anton

Joseph Conrad et Anton Tchekov. Deux grands auteurs dont les prénoms ont servi de couverture à un troisième, Salman Rushdie. Joseph Anton, son dernier livre, est une autobiographie dans laquelle Rushdie raconte ses années terrées et secrètes après qui ont suivi la mise à prix de sa vie par l’Ayatollah Khomeiney pour cause de blasphème. Tout a commencé un jour de Saint-Valentin, quelques semaines après la parution de son roman Les Versés Sataniques. Et si le romand se termine au début des années 2000, l’histoire est loin d’être fini car la fatwa est toujours en cours…

Lorsqu’on lit le récit de la vie de Rushdie, les hauts et surtout les bas, les moments sombres qu’il a traversé pendant dix ans, on ne peut qu’admirer le courage et la force de caractère du romancier et des gens qui l’ont aidé. Mais au-delà d’un simple récit, ce livre nous fait nous poser la question de la liberté en littérature, la liberté de comprendre, l’obscurantisme. Avant que le terrorisme explose à la face du monde et que la société occidentale ne plonge dans une régression post-911, Rushdie vivait une guerre souterraine et ardue sans avoir le droit de répondre, de se battre avec ses mots. Toutes les lettres défouloirs qu’il a écrite, à Dieu, à ses bourreaux, à lui-même, témoignent de sa détresse et de sa détermination à ne pas laisser ses détraqueurs gagner. Et si parfois on a l’impression qu’il se laisse aller aux détails ou au name dropping, c’est que ce livre est plus complexe qu’il n’y parait : il n’y a pas qu’une seule forme d’autobiographie et Rushdie mélange la précision des faits aux réflexions profondes sur son métier et sa situation. C’est très bien écrit, fort et passionnant.

Des extraits ici pour ceux qui lisent l’anglais.

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The Hunger Games

Il y a des romans qui sont comme des bons blockbusters : faciles à lire, pleins d’action et de rebondissements et pas trop premier degrés. Souvent, ce sont des phénomènes à la Harry Potter, des bestsellers qui peuvent toucher plusieurs générations. The Hunger Games, de Suzanne Collins, est de cette trempe. Dans une Amérique post-apocalyptique, Katniss, ado débrouillarde vivant dans un « district » pauvre, voit sa destinée bouleversée le jour où elle va participer au Hunger Games,  arène où s’affronte à mort vingt-quatre adolescents.

Bien sûr, le concept n’est pas nouveau : il suffit d’avoir vu Battle Royal pour remarquer les ressemblances entre les deux histoires. Mais le fait que celle de ce roman se déroule sur un continent américain ravagé et surtout que le point de vue soit interne donne à l’intrigue une dimension plus proche et plus mystérieuse. L’univers est assez pertinent et bien construit pour être tout à fait crédible. Il ne faut certes pas être trop sensible au point de vue adolescent : comme dans de nombreuses sagas fantastiques, le jeune homme/femme qui raconte son histoire semble toujours à côté de la plaque, ce qui énerve parfois. Mais on se rend vite compte que des forces qui dépassent l’entendement de l’héroïne sont en jeu, surtout à partir du second tome. La manipulation est au cœur de l’intrigue. De plus, le premier tome relève de l’art d’obliger le lecteur à continuer de lire, car c’est de la survie d’un humain qu’il s’agit. Il y a un second niveau de lecture plus intéressant que dans n’importe quel Twilight. Non seulement on assiste à la dérive extrême de la télé-réalité, mais on nous met également face à des systèmes totalitaires qui ont un certain écho dans les sociétés actuelles. Enfin, si le style est simple, il n’est pas pour autant simpliste, et on s’y habitue rapidement. The Hunger Games parlera beaucoup aux adolescents, et intrigue assez les adultes pour qu’ils aillent jusqu’au bout, comme tout bon divertissement littéraire familiale.

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ps : c’est tout à fait volontairement que je ne parle pas de l’adaptation cinéma du premier tome, j’attends la sortie du second film fin 2013 pour faire une critique des deux en même temps.

Oh…

« C’est ce que j’aime chez les personnages, hommes ou femmes : la force et la faiblesse mélangées »

Le dernier roman de Philippe Djian, Oh…, nous plonge au coeur de la vie de Michèle, la cinquantaine arrivant, dans l’esprit d’une femme que rien ne semble pouvoir ébranler. Pas même les relations compliquées qu’elle entretient avec chacun des membres de sa famille. Pas même l’homme cagoulé qui vient de forcer sa porte d’entrée et d’abuser d’elle. Dans un récit d’une traite qui couvre un mois et demie d’une vie, Djian secoue son personnage, le confronte à ses secrets et ses parts sombres dans un conte cruel mené d’une main de maître. Petit à petit, le lecteur recolle les pièces du morceaux de la vie de Michèle, une voix féminine subtile pour voir qu’elle est écrite par un homme. Des paroles que l’on ne comprenait pas au début prennent tout leur sens au fur et à mesure qu’elle se confronte à son fils (qui, sans le sou, s’engage avec une femme enceinte d’un homme en prison), à son ex-mari ( qui refait sa vie), à son voisin. On s’attache à elle, on se demande comment nous aurions réagi à sa place, on est dans l’attente de savoir les répercussions d’un jeu qui ne peut pas durer pour toujours. « Avec moi, le lecteur doit toujours faire attention à ne pas me lâcher. Lire, ce n’est pas une promenade, on n’est pas en train de rigoler. La littérature est un truc sérieux car elle change notre vie. » précise Djian, et il a bien raison : ses livres nous changent toujours un peu à chaque fois. Si ces derniers romans (mis à part sa saga Doggy Bag, écrite à la manière d’un feuilleton télé) tournaient autour des mêmes thématiques, Djian surprend ici. Il tente d’aller encore plus loin dans la compréhension du mécanisme de l’âme humaine, sans rien épargner à ses personnages, sans les juger non plus. Oh… est un roman qui étonne et secoue, et confirme que Djian est toujours l’un des meilleurs écrivains français.

A lire, cet entretien de l’auteur.

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Carlos Ruiz Zafon

Cette nuit, j’ai fait un cauchemar comme cela ne m’était pas arrivé depuis longtemps. Un de ces rêves qui pourraient ressembler à un film de Tim Burton si celui si décidait de faire du trash. Des ombres, des déformés, des cimetières, des griffes qui vous font hurler dans la nuit… bref, Halloween version mon subconscient. Mais ne croyez pas que je sois plus angoissée que d’habitude. J’ai juste eu la bonne idée de lire d’un trait avant de me coucher Marina, de Carlos Ruiz Zafon.

L’auteur espagnol, dont L’Ombre du Vent et Le Jeu de l’Ange ont fait de lui l’un des auteurs européens les plus vendus, fait de Barcelone le théâtre de ses romans. Il y instaure une ambiance de mystères et de secrets, plaçant souvent l’écriture et les livres au coeur de ses intrigues romanesques teintés de surnaturel et d’étrange. Dans Marina, il nous ramène aux années 80 où Oscar, quinze ans, s’embarque avec sa nouvelle amie Marina dans une enquête où la mort ressemble à un papillon noir, où les mannequins prennent vie et où les cimetières sont des portails vers de sombres histoires passées. Une écriture fluide et visuelle nous entraîne dans cet univers gothique où le passé est roi, dans des demeures en déclin qui ne sont pas sans rappeler la maison de la Miss Havisham de Dickens. Un court roman teinté de nostalgie à lire les soirs de pleine lune si on ne craint pas de passer de mauvaises nuits, où l’on plonge sans difficulté et dont on ressort avec quelques frissons.

« Chaque livre a une âme. L’âme de celui qui l’a écrit, et l’âme de ceux qui l’ont lu, ont vécu et rêvé avec lui. » (Le Jeu de l’ange)

« C’est l’écriture qui appelle le sang, et non le contraire. » (Le Jeu de l’ange)

 

Cet hiver, j’aime mieux lire !

Je me suis rendue compte, en flânant dans la petite librairie de mon quartier, que cette rentrée littéraire était, pour moi, Noël avant l’heure. En effet, beaucoup de mes auteurs cultes ont sorti un nouvel ouvrage, juste au moment où je me disais que je n’avais plus rien à lire et que je partais à la découverte de nouvelles rives romanesques. Mais mon hiver promet de se passer entre les rayons de ma bibliothèque et un canapé, bien au chaud, sous une couverture au coin du feu avec une boisson chaude de circonstance (oui, j’en fais beaucoup, mais quand on lit beaucoup d’heures d’affilées, autant que cela soit dans un environnement confortable) et avec cette pile de bouquin là :

Joseph Anton, de Salman Rushdie : roman autobiographique de l’auteur indien sur la fatwa que les extrémistes musulmans ont mis sur sa tête.

L’Hiver du Monde, de Ken Follett, suite de La Chute des Géants, grande saga sur le XXe siécle

Oh…, de Philippe Djian, roman dans lequel il se met dans la peau d’une femme.

Amina, de Wadji Mouawad, roman et poème qui révèle la maturité du dramaturge.

Home, de Tony Morrisson, le dernier roman de cette grande écrivaine américaine.

Une place à prendre, de J. K. Rowling, pour voir ce qu’elle vaut en dehors de Harry Potter.

Et peut-être : Troisième Humanité, de B. Werber

Et vous, il y a quoi dans votre pile de lecture hivernale? Des suggestions pour étoffer la mienne?